e-G8: Deux visions du Net irréconciliables?

Publié le par DA Estérel 83

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Des participants au e-G8, dont Christine Lagarde (2e à partir de la gauche), à Paris, le 24 mai 2011.

INTERNET - La conférence sur l'économie de la création et de la propriété intellectuelle a laissé éclater les divergences d'opinion à la fin d'une journée bien ronronnante...

Il fallait assister à la conférence sur l’économie de la création et de la propriété intellectuelle lors de la première journée de l’e-G8, mardi, pour mesurer le fossé qui sépare encore les deux visions qui s’affrontent au sujet du Net –celle d’un Internet libre et celle d’un Internet régulé.

Invité surprise

La journée avait pourtant débuté de manière très convenue avec le discours d’ouverture de Nicolas Sarkozy, avait ensuite ronronné avec différentes conférences sur le poids économique du Net et son impact sur la société avant de virer soudainement à l’affrontement ouvert, vers 18h30. Les discussions au sujet de l’économie de la création et de la propriété intellectuelle ont laissé éclater les divergences d’opinion, faisant mentir Bruno Patino, l’animateur de cette table-ronde et directeur général du Digital et de la Stratégie chez France Télévisions, qui affirmait en préambule que «le débat s’était pacifié» autour de ces questions.

Mais les échanges ont rapidement pris un ton vif. Notamment entre Pascal Nègre, pdg d’Universal Music France, et John Perry Barlow, ancien parolier devenu militant d’un Internet libre et invité de dernière minute de l’e-G8. «Merci de m’avoir invité mais quand je vois les personnes présentes à cette table ronde, je me dis qu’on ne vient pas de la même planète», a-t-il débuté son intervention, tirant à boulets rouges sur une industrie qui «cherche à conserver des privilèges d’un autre temps».

Clash

Face à lui, Hartmut Ostrowski, pdg de Bertelsmann, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, Jim Gianopulos, président de la 20th Century Fox, Antoine Gallimard, président des éditions du même nom et Pascal Nègre, donc. Seul militant de la table-ronde, seule personne à ne pas vivre du business de l’économie de la création également, John Perry Barlow a contesté vigoureusement le chiffre de «3.000 milliards de valeurs» que génèreraient les industries créatives, avancé par Pascal Nègre dans son intervention (le nez collé sur ses notes, fait suffisamment rare pour être souligné).

Un petit «clash» que Frédéric Mitterrand a bien tenté de clore. «Je ne partage absolument pas cette vision apocalyptique de la dictature qu’on aurait chassé par la porte et qui reviendrait par la fenêtre pour tout contrôler sur le Net», a-t-il rétorqué. Et d’ajouter: «Le cœur du débat, c’est que lorsque l’on fait quelque chose de créatif, cela incite, oblige même, à avoir une ressource pour continuer à travailler. La révolution Internet est une révolution humaine, dans l’échange de l’expression et non pas dans la valeur de la création.»

L’argent, nerf de la guerre

Car le nerf de la guerre reste l’argent. Celui dépensé ou non par les internautes pour consommer des biens culturels, celui investi et récupéré ou non par les industries. «Les films coûtent de l’argent, c’est aussi une réalité. Je trouve dommage que l’on ne parle pas plus des coûts», s’est ainsi agacé Jim Gianopulos. Un avis partagé par Pascal Nègre. «Dans l’industrie de la musique, c’est plus de cinq milliards de dollars qui sont investis sur les nouveaux talents. Ces activités sont risquées et les maisons de disques ne récupèrent leur investissement qu’avec un artiste sur sept», a-t-il argué. Pas de quoi apitoyer les opposants à la loi Hadopi. Prenant le micro, Jérémy Zimmerman, porte-parole de la Quadrature du Net, a rétorqué qu’une étude Hadopi (dévoilée à l’occasion du dernier Midem) avait justement souligné que les personnes qui avouaient pirater avaient tendance à consommer davantage de produits culturels –légaux cette fois- que les autres. «On n’est pas des voleurs!», a-t-il asséné devant une assistance mi-amusée, mi-médusée par la tournure prise par la conférence. Finalement, chacun repartira avec ses convictions et sans vraiment échanger, le temps imparti pour cette conférence s’étant écoulé. De quoi faire dire à Patrick Zelnick: «depuis ce matin, j'ai l'impression qu'il y a deux visions du Net qui s'affrontent: celle de la gratuité perçue comme gage de la liberté, et celle de la régulation, perçue comme une atteinte à cette liberté.»

 Sandrine Cochard

Frédéric Mitterrand défend (encore) l’Hadopi

«Hadopi marche en France mais on ne le sait pas. En revanche on le sait aux Etats-Unis et on s’y intéresse», a déclaré le ministre de la Culture lors de l’e-G8, mardi.

Publié dans Economie

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