Du traitement des violences extrêmes à l'Ecole

Publié le par DA Estérel 83

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Une jeune fille de 13 ans vient de succomber à ses blessures après avoir été frappée devant son collège de Florensac. Selon une dépêche de l’AFP de lundi soir, on « ignore encore, selon le procureur, la cause précise du décès qui a eu lieu après plusieurs arrêts cardiaques. La qualification retenue est celle de violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». 

On ne saurait trop attirer l’attention sur le fait que les violences extrêmes entre élèves font l’objet d’un traitement politico-médiatique ( voire juridique ) à géométrie variable.

On peut d’abord citer pour mémoire trois drames qui ont défrayé la chronique en 1992 et 1993, période durant laquelle la thématique de la violence scolaire a justement  émergé à ce moment là sur la place publique et a commencé à devenir une affaire d’Etat.
« Un lycéen meurt après une bagarre » ( « Le Monde »). Houari El Massaoudi, âgé de 18 ans, s’écroule dans un couloir du lycée technique Blaise-Pascal de Châteauroux le 28 juin 1992 après une bagarre avec un autre élève de sa classe de première, Dominique Alband. Celui-ci est inculpé de « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
« Un lycéen est mortellement poignardé pendant une récréation » ( « Le Monde »). Le 12 novembre 1992, dans la cour du lycée d’Alembert, Djamel Essargi, un lycéen de 19 ans, est blessé alors qu’il tente de défendre l’un de ses camarades pris à partie par quelques jeunes. Poignardé dans le dos à l’aide d’un couteau de chasse, Djamel décède en début d’après midi au CHU de Saint-Etienne. L’auteur du meurtre, Abdelkader Rahou, 18 ans, est inculpé de « violence volontaire à l’aide d’une arme ayant entraîné la mort ».
« La mort d’un lycéen à Brest » ( « Le Monde » ). Le 17 septembre 1993, à la sortie de la mi-journée du lycée Amiral-Ronarc’h, dans le quartier de la Cavale-Blanche, à Brest, David, 16 ans, est tué d’un coup de feu à l’issue d’une dispute par Fahrid,16 ans également, qui est mis en examen pour « assassinat ».

Tous les drames n’attirent pas l’attention de façon égale. Ainsi, les événements qui se sont déroulés à Meaux (Seine-et-Marne) le 21 décembre 2006 ont suscité un émoi considérable. Ce jour-là, Carl meurt à la suite de coups donnés par deux de ses condisciples – un garçon, Geoffrey, et une fille,Séta – à l’issue d’un match de handball joué avec leur classe de sixième dans le gymnase du collège Albert-Camus. Le drame s’est noué en quelques secondes. Carl, 12 ans, s’est effondré. Les pompiers sont arrivés quelques minutes après, mais ils n’ont pas réussi à le ranimer. L’autopsie réalisée à l’Institut médico-légal, à Paris, révèle que « Carl n’est pas décédé des coups reçus, mais de l’effet du choc émotionnel qui a déclenché une déficience cardiaque ». Selon le procureur René Pech, « l’enfant souffrait d’une malformation jamais diagnostiquée, avec une artère coronarienne large comme un cheveu». « Il ne s’agit pas d’un meurtre », conclut le magistrat, mais d’un décès accidentel.
Le collège Albert-Camus fait partie des 249 établissements classés « Ambition réussite », qui doivent être mieux dotés que les autres. La candidate socialiste à la présidence de la République, Ségolène Royal, appelle à « renforcer la présence adulte dans les collèges », tandis que le maire UMP de Meaux, Jean-François Copé, rejette « l’amalgame entre les moyens et cette tragédie ».
L’éditorial d’Yves Thréard dans Le Figaro du 23 décembre met en cause « l’école qui a placé, peu à peu, l’élève et le maître sur un pied d’égalité ; l’école qui n’enseigne plus la ponctualité, le respect et l’autorité ». Et le ministre de l’Education nationale, Gilles de Robien, après avoir jugé «indécent, simpliste et démagogique » le fait de réduire ce drame à un « prétendu manque de moyens », prône la «tolérance zéro qui doit s’appliquer contre toutes les formes de violence, y compris verbale ».

En janvier 2007, c’est l’épilogue d’un autre drame survenu à Beauvais qui s’écrit. La cour d’assises des mineurs de l’Oise doit apprécier dans quelles conditions Clément,16 ans, a pu mourir, en novembre 2000, après une bagarre à deux pas de son lycée du Saint-Esprit. L’accusé, un autre lycéen âgé de 16 ans lui aussi au moment des faits, n’avait jamais fait parler de lui. Tout a commencé par un coup d’épaule, suivi d’une gifle. Clément s’écroule et meurt. L’autopsie révèle une malformation. « La violence a généré un stress important, provoquant un trouble du rythme cardiaque, qui a entraîné la mort ». Les jurés infligent finalement à l’accusé une peine de trois ans d’emprisonnement (entièrement assortie du sursis). Selon l’avocat général, « on était bien dans une affaire de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

In fine, on peut remarquer que l’affaire de Beauvais, certes dramatique mais ayant eu lieu dans un établissement a priori paisible ( un lycée de l’enseignement privé), n’a d’aucune façon déchaîné les réactions passionnées qui ont immédiatement suivi, dans la sphère « politico-médiatique », le drame de Meaux,  ( lequel s’était déroulé dans un collège classé « Ambition réussite » ).

On suivra avec attention le traitement politico-médiatique qui sera réservé au drame du collège rural de Florensac, dans l’Hérault. 

Publié dans Education

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