De Marrakech à Karachi: un point sur les affaires de Sarkozy

Publié le par DA Estérel 83

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Une villa à Marrakech, un ancien conseiller mis en examen une seconde fois, la fuite d'un proche de Kadhafi... ces derniers jours ont vu quelques révélations supplémentaires qui complique le cas judiciaire de Nicolas Sarkozy. 

Y aura-t-il une enquête ? L'affaire du villa de Marrakech prétendument offerte à Nicolas Sarkozy il y a quelques mois n'a pas été commentée dans l'entourage de l'ancien Monarque. Ce dernier entame sa seconde semaine de repos au Maroc justement. 

A Paris, Edwy Plenel, le patron de Mediapart, a refusé de répondre aux questions des policiers suite à la plainte portée par Nicolas Sarkozy dans l'entre-deux tours, relative à la publication d'une note sur un supposé financement libyen de sa précédente campagne de 2007: « Cette enquête préliminaire pour faux et usage de faux est attentatoire au droit de la presse qui protège une liberté fondamentale des citoyens, qui est le droit de savoirJ'ai donc refusé de répondre aux questions » a-t-il expliqué vendredi 18 mai.

Fin avril, le site d'information Mediapart avait publié une note du 10 décembre 2006, de Moussa Imuhamad Koussa, ex-patron des services secrets libyens, à Bachir Saleh, ex-directeur de cabinet du colonel Kadhafi, relative à « ’approbation d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Monsieur /Nicolas Sarkozy, pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros. » Assez rapidement, Bachir Saleh, par le biais de son avocat, nia l'authenticité du courrier. Mais tout aussi rapidement, on découvrit qu'il vivait sous protection policière française malgré un mandat de recherche prononcé contre lui par Interpol depuis sa fuite de Libye. 

Quelques jours plus tard, début mai, Bachir Saleh a précipitamment quitté notre beau pays, « aussi mystérieusement qu'il était arrivé », relatait , pour l'Express, le 15 mai dernier. « Sans être inquiété, et en emportant avec lui tous les secrets du rapprochement franco-libyen opéré sous l'ère Sarkozy. » On sait que Bachir Saleh était l'interlocuteur privilégié de Claude Guéant dans les relations franco-libyennes. Et notamment lors des négociations de vente de matériel d'espionnage et nucléaire français à la dictature libyenne entre 2005 et 2009.

Bachir Saleh a pu fuir la France le 4 mai, deux jours avant le scrutin présidentiel.

Sans souci, ni contrôle. 

Le 16 mai, Mediapart a publié un autre document, une note d'avril 1998 destinée à Lionel Jospin, alors premier ministre, rédigée par deux membres de son cabinet. Ces derniers y rappelaient d'abord le cadre juridique et la législation de nos voisins européens sur la vente de matériel de guerre. Puis,

1. Ils évoquaient des malversations: « deux sujets de malversations sont apparus à propos de l'exportation de matériel de guerre aux Pakistan ». Le premier concernait d'anciennes ventes de Mirage. Le second était... la vente des fameux sous-marins Agosta conclue par le gouvernement Balladur. 
2. Mais les auteurs préconisaient toutefois « la poursuite de l’exécution du contrat » car les commissions « ont été en grande majorité déjà versées ». Ils rappelaient que Jacques Chirac avait décidé l'arrêt de versement de ces commissions, interruption qu'ils jugeaient très dangereuse tant visi-à-vis du Pakistan que pour la position de la DCNI sur le marché international.

Mediapart concluait trop rapidement : « Les socialistes savaient. » La formule aurait dû être, « des socialistes savaient ». Au vu des annotations manuscrites sur cette note par Lionel Jospin, on comprend que trois ministres au moins étaient au courant, Alain Richard, Dominique Strauss-Kahn et Hubert Védrine. Et s'ils savaient, pourquoi n'ont-ils rien dit ? C'est l'autre volet de l'affaire. Paradoxalement, cette découverte confirme que les révélations du Karachigate depuis 2009 ne sont pas une obscure manipulation du Parti socialiste, comme l'ont laissé entendre à de nombreuses reprises l'équipe Sarkozy.

La veille de cette publication, on apprenait que Thierry Gaubert, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère du Budget de 1993 à 1995 , avait été une seconde fois mis en examen dans le Karachigate, cette fois-ci pour blanchiment aggravé. 

Les affaires de Sarkofrance sont loin d'être closes.

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