Dans les Hauts-de-Seine, il manquait «une droite saine»

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Certains élus de droite auraient bien sablé le champagne dimanche soir au conseil général de Nanterre pour trinquer au crash de Claude Guéant, principale information de ce second tour dans le fief de l'ancien chef de l'Etat. Mais il n'y avait point de bulles à la soirée électorale et il faut s'afficher unis à l'heure où la guerre des chefs promet de battre son plein, y compris dans les Hauts-de-Seine où l'UMP se cherche un nouveau parrain après Pasqua et Sarkozy.

La chute de l'ancien secrétaire général de l'Elysée et ministre de l'intérieur à Boulogne-Billancourt, battu dans une triangulaire par le dissident UMP Thierry Solère, a donc été savourée à voix basse par plus de militants et d'élus qu'on ne le pensait. Dans la très médiatisée neuvième circonscription, « la Rochelle du 92 », le duel s'est joué à 334 voix (39,35 % pour Solère, 38,41 % pour Guéant).

© Rachida El Azzouzi

 

Dès les premières estimations le donnant perdant, on a abondamment glosé sur la défaite de l'ancienne éminence grise de Sarkozy père, défait par l'ami de Sarkozy fils. « On connaît le sort des parachutés, on n'a pas retenu la leçon de 2008 à Neuilly », pestait un conseiller général. Un autre se réjouissait : « Il incarne la droite dure du parti, les clins d'œil au FN. C'était normal qu'il soit sanctionné. Le Boulonnais n'aime pas l'extrémiste. »

Un maire ricanait : « Il doit se mordre les doigts de ne pas être resté dans les Yvelines où Guaino a été élu sans difficulté. Ça lui apprendra à écouter Pierre-Christophe Baguet qui perd lui aussi sa ville ce soir (NDLR : le maire de Boulogne et député sortant avait « offert » son siège de parlementaire en décembre 2011 à Guéant). »

Dans le « neuf-deux », laboratoire du sarkozysme, Guéant, qui, à 67 ans, se rêvait un destin politique paisible dans une circonscription qui a voté à 65 % bleu-UMP, n'est pas l'unique grand perdant de ces législatives. Deux autres figures à la droite de la droite du parti, deux députés sortants, subissent le même sort : Philippe Pemezec, le maire du Plessis-Robinson dans la douzième circonscription qui veille à ne pas loger « trop d'Arabes » dans sa ville (une enquête à relire ici), et Manuel Aeschlimann, l'ancien maire d'Asnières,« Sarko boy » tombé en disgrâce.

Claude Guéant au siège de sa permanence en mai dernierClaude Guéant au siège de sa permanence en mai dernier© Rachida El Azzouzi

Pemezec, entré au Palais-Bourbon en 2002, a été battu d'une courte tête, et à la grande surprise, par le socialiste Jean-Marc Germain, le directeur de cabinet de Martine Aubry et compagnon d'Anne Hidalgo, homme de l'ombre parachuté à la dernière minute après la présidentielle (50,4 % pour Germain, 49,6 % pour Pemezec). Aeschlimann, fragilisé par ses casseroles judiciaires et la candidature de Rama Yade, éliminée au premier tour, a été terrassé par le maire d'Asnières, Sébastien Pietrasanta, qui devient le premier député PS de la deuxième circonscription (Asnières-Colombes) dans l'histoire de la Ve République. Une victoire sans discussion : 53,53 % contre 46,47 %.

« Une semaine de campagne en plus et je gagnais contre Devedjian »

Pour Pascal Buchet, le premier secrétaire fédéral du parti socialiste des Hauts-de-Seine, ces trois échecs symboliques sont « une grande satisfaction ». « Ils signent la fin de la droite dure des Hauts-de-Seine », a-t-il salué dimanche soir, heureux de voir le parti socialiste ravir quatre sièges – deux à l'UMP et deux aux communistes historiques (la première et la onzième circonscription) – dans ce département où le PS n'avait pas connu de député depuis 1993. 

P. Devedjian, dimanche soir, au CGP. Devedjian, dimanche soir, au CG© Rachida El Azzouzi
La salle, une mare d'UMP, orpheline des principales figures de la droite altoséquanaise, toutes absentes à l'exception de Devedjian, n'a pas aimé son discours et l'a copieusement hué. « Nous avons l'habitude. Ici, rien ne change. C'est toujours le QG d'une droite intolérante », a ironisé Buchet. Les salves de « houhouhou » ont néanmoins suscité la colère d'une autre partie de la droite, les frondeurs divers droite. « J'ai l'impression d'être dans un zoo ou une cour d'école de CM2. Cela donne encore une fois une image lamentable de la part d'élus de la République », a déploré Loïc Leprince-Ringuet, le Levalloisien qui a raflé presque 10 % des voix au premier tour face au cador Patrick Balkany, le maire de Levallois-Perret.

 

« Il y a encore beaucoup de sarkozystes dans la salle. J'ai été l'un des rares à applaudir la défaite de Guéant », a regretté son acolyte, le conseiller général Arnaud de Courson qui a défait Isabelle Balkany aux dernières cantonales. Venu féliciter leur ami Solère, qui a paradé triomphant, pouce levé, le duo, qui ambitionne de nettoyer la droite des Hauts-de-Seine, s'attendait « à des dégâts plus importants en Sarkozie ». Les socialistes aussi.

Pascal Buchet ne cache pas sa déception. Il espérait voir tomber de leur fauteuil les vieux ténors, les anciens ministres Patrick Devedjian, André Santini ou encore Patrick Balkany, députés depuis les années quatre-vingt. Mais ils ont été réélus tous plus difficilement qu'en 2007 : Santini à la force de son implantation (53,37 % contre 46,63 %), Balkany grâce à son assise dans sa ville (51,40 % contre 48,60 % dont plus de 64 % à Levallois) et Devedjian in extremis (avec 191 voix d'avance seulement).

P.Buchet, avec les socialistes et les Verts du 92P.Buchet, avec les socialistes et les Verts du 92© Rachida El Azzouzi

 

Auteur d'une belle campagne, faite de stands-up et de porte-à-porte, Julien Landfried, le jeune loup chevènementiste, investi par le PS, a ébranlé la forteresse Devedjian. « Une semaine de campagne en plus et je gagnais », rage celui qui entend s'implanter durablement dans la treizième circonscription et faire tomber une ou plusieurs villes à gauche en 2014.

Fissurée de toutes parts, la Sarkozie résiste tant bien que mal. Elle perd deux sièges mais reste hégémonique avec huit députés. « Dans ce département tellement observé, jalousé, critiqué, vilipendé, il n'y a pas eu de tremblement de terre », s'est enorgueilli Devedjian. Le président du Conseil général, ancien maire d'Antony, a fait une courte apparition dans la salle avant de se retrancher dans son bureau avec ses collaborateurs comme lors de chaque soirée électorale.

Pas un mot sur sa réélection de justesse où il doit son salut aux 204 voix qu'il a gagnées entre le premier et le second tour dans sa ville d'Antony sinon sa déclaration habituelle : « Les Hauts-de-Seine sont un territoire comme les autres, comme le reste de la France. Ils subissent le courant politique majoritaire. » Pas un mot sur la déconfiture de Guéant, Aeschlimann et Pemezec, sinon un laconique : « Nous n'avons pas été vigilants dans nos campagnes. »

« Nous lavons notre linge sale en famille et vous avez à gauche de quoi faire des machines à laver »

Devedjian s'est concentré sur « la nécessité de se rassembler dans toute la diversité de la droite » et sur les socialistes qui avaient annoncé une vague rose dans le 92. « Le PS nous avait dit qu'il prendrait quatre sièges à la droite mais il ne nous avait pas dit qu'il dépouillerait ses alliés communistes dans deux circonscriptions », a-t-il raillé, suscitant une passe d'armes avec Buchet, posté dans un coin de l'estrade.

« Menteur ! a répliqué ce dernier. Vous vous dites déçus d'avoir perdu deux sièges mais vous êtes très contents de la défaite de Pemezec, Aeschlimann et Guéant. Votre élection tient à un petit résultat sur Antony et à la sortie d'un bouquin cette semaine », faisant allusion au livre choc, Le Monarque, son fils, son fiel, de Marie-Célie Guillaume, directrice de cabinet de Devedjian, qui règle les comptes de Devedjian avec le clan Sarkozy-Balkany.

Solère, tombeur de GuéantSolère, tombeur de Guéant© Rachida El Azzouzi
Devedjian, dont il se murmure qu'il serait à l'origine du livre qui fait tant parler, étonnamment publié durant l'entre-deux tours, n'a pas cillé, rétorquant avec culot : « Je peux avoir des difficultés avec quelques-uns mais je suis heureux quand mon camp gagne. Nous lavons notre linge sale en famille, en privé, et vous avez à gauche de quoi faire des machines à laver. »

 

Jean-Christophe Fromantin, le maire de Neuilly qui a ouvert en 2008 une nouvelle voie à droite, loin du bling-bling et du népotisme ambiant et contre lequel l'UMP n'a pas eu le courage d'investir un candidat là où Sarkozy a régné pendant plus de vingt ans, n'a pas assisté à la scène, ni lu le fameux livre dans lequel il campe le personnage de « Braconnier ». Il est arrivé peu avant minuit,« super heureux » d'avoir fait plus de 51 % dans une triangulaire et d'être élu pour la première fois « député de la Défense », « sans compromis, avec une majorité absolue et en faisant 70 % dans sa ville, un marqueur fort ».

Fromantin retient de ces législatives dans les Hauts-de-Seine « la fin de cycle d'une droite qui ne veut plus dire grand-chose, même si elle refuse de le reconnaître ». « Il y a une poussée de la gauche car il n'y a pas de droite saine. Chacun chez soi joue à protéger son territoire. Il n'y a pas de débat d'idées, pas de projet », analyse le chef d'entreprise qui confirme son ascension après son exploit aux municipales et aux cantonales.

© Rachida El Azzouzi
« Parce qu'il a toujours eu des coups de pouce et des mots sympas pour moi », Fromantin a rendu visite à Devedjian dans son bureau du conseil général dimanche soir. « Les mois à venir vont être très intéressants. Il y a un problème de renouvellement. Je suis moins seuls qu'eux tous. Je vois beaucoup d'élus à la recherche d'un nouveau leadership. Devedjian a écrit le dernier chapitre. Un nouveau doit s'écrire. Les Hauts-de-Seine, territoire incroyable, bientôt traversé par le Grand Paris, ont besoin d'un grand projet. »

 

Les semaines à venir s'annoncent mouvementées dans les coulisses du département le plus riche de France. Aujourd'hui, déjà, lundi 18 juin dans l'après-midi, la majorité du conseil général devrait réclamer la tête de la directrice de cabinet de Devedjian, auteure du très controversé brûlot anti-sarkozyste, lors de la commission permanente qui se tient à Nanterre.

Publié dans UMP

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