Cours Armstrong, cours!

Publié le par DA Estérel 83

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Pourtant il y avait eu la mort en direct de Tom Simpson dans les lacets du mont Ventoux le 13 juillet 67. Pourtant on avait eu les aveux de Jacques Anquetil sur ses «recettes» pour garder la forme. Pourtant il y avait eu la découverte dans une chambre d'hôtel de Rimini du corps sans vie du «Pirate» Marco Pantani. Et puis la cohorte de toutes ces affaires, de Virenque dopé à l'insu de son plein gré à Contador, gros mangeur de viande sur-vitaminée en passant par les Ullrich, Delgado et compagnie, tous pris la main dans le sac de ces adjuvants qui font pédaler plus vite.

On se disait donc que, bouleversé par ces drames, choqué par ces tricheries, révolté par ces viols de l'esprit sportif, mais instruit par toutes ces affaires, le public avait fabriqué suffisamment d'anticorps pour être vacciné et garder le détachement nécessaire lorsqu'un nouveau scandale éclaterait. Eh bien, non.

La preuve en a été donnée hier où l'annonce de la radiation à vie de Lance Armstrong a provoqué un véritable tsunami. Certes, il y a quelques raisons à ce que cette nouvelle fasse du bruit. Cette condamnation de la justice sportive n'arrive en effet qu'après que LA justice américaine, après des années d'investigation, ait, elle, jeté l'éponge pour... manque de preuves probantes. Mais surtout en raison de la personnalité hors du commun d'Armstrong et pour ce qu'il représente en Amérique.

En France, il n'a fait (même si l'exploit est historique) que remporter sept Tours de France. Aux États-Unis, il est un héros, un mythe: c'est l'homme qui, avant de vaincre ses adversaires dans les cols et les contre la montre, a vaincu le cancer. L'homme qui incarne le courage, la revanche sur le sort. Mais aussi la réussite financière et la générosité. Ne court-il pas pour l'association d'aide aux enfants malades qu'il a fondée? Qu'Armstrong ait pu tricher devient dès lors inconcevable, impossible, impensable: si les héros ne meurent jamais, comment pourraient-ils se doper? Naïveté tout américaine? Pas si sûr.

Si les Français aiment à afficher en toute occasion leur nature définitivement sceptique - et hier on a eu droit à un vrai festival de «je l'avais bien dit» ou de «et ça vous étonne?» - ils aiment tout autant croire au Père Noël. La différence entre les deux c'est qu'à l'un il suffit de découvrir des paquets-cadeaux cachés au sommet d'une armoire le 24 décembre au soir pour douter, alors que l'autre a besoin à tout prix des aveux circonstanciés des parents pour cesser de mettre ses souliers au pied du sapin. Or hier, Lance Armstrong continuait à se draper dans sa pèlerine d'innocent. Et l'Union cycliste internationale préférait attendre les «éléments circonstanciés» de l'Agence américaine pour décider, oui ou non, de dépouiller Armstrong de ses sept maillots jaunes.

Dès lors, pourquoi s'affoler? Il y aura encore beaucoup de monde l'été prochain pour acclamer les Pères Noël dans les lacets du Ventoux...

Publié dans Affaires

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