Congé paternité : la fausse réforme ?

Publié le par DA Estérel 83

Coulisses de Sarkofrance

 

 

Roselyne Bachelot avait annoncé et répété il y a plusieurs semaines qu'elle voulait rendre obligatoire le congé paternité (11 jours de congé facultatif). Le sujet lui tenait visiblement à coeur. Que la  ministre des Solidarités Actives n'ait rien d'autre de plus prioritaire à légiférer était quelque peu surprenant. Mais bon, passons.

La présidente du MEDEF a aussi expliqué qu'elle y était favorable. Un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales proposait un "congé d'accueil de l'enfant" d'une durée de huit semaines, "à partager entre les parents après la naissance". En cause, l'une des raisons majeures des inégalités professionnelles homme/femme serait la rupture de carrières due aux  congés maternité. Mais quel rapport avec le congé paternité ?

Le problème est bizarrement posé :

1. Laurence Parisot justifie qu'un congé paternité obligatoire de 11 jours "permettrait de rétablir un regard plus égalitaire sur les jeunes parents". Vraiment ? 11 jours de congés versus 16 semaines... c'est suffisant pour rééquilibrer le regard ?

2. On avance aussi qu'un tiers des employeurs "jugent les qualifications de leurs salariées dépassées à leur retour de congé maternité." Qu'est-ce qu'un congé paternité obligatoire va changer à cela ? L'effort physique que représente une grossesse puis un accouchement, est quelque chose d'incroyable qui mérite largement un congé maternité, de surcroît obligatoire pour éviter toute "pression" à la reprise. Que quelques rétrogrades continuent de le voir comme un frein aux carrières... est bien triste.

3. Il paraît que les papas ont aujourd'hui davantage qu'hier envie de "pouponner". Et bien qu'ils pouponnent. Qu'ils se mettent à temps partiel. Qu'ils assument. Sur la durée, le vrai problème est moins la période immédiate avant et après l'accouchement, exceptionnelle à tous points de vue, que la suite : la garde de l'enfant, l'équilibre vie professionnelle/vie privée, la répartition des tâches entre hommes et femmes, etc. Plutôt que de rendre obligatoire les 11 jours de congés paternité, il faudrait peut-être transformer ce congé en un contingent d'heures obligatoires permettant au père d'ajuster ses horaires.

Justement, ma consoeur Olympe s'est récemment faite l'écho de quelques propositions d'un rapport remis à la ministre sur Bachelot sur les modes d'accueil des enfants. Et l'on voit bien que le caractère obligatoire ou facultatif du congé paternel est vraiment un sujet secondaire.

Terra Nova a également publié son rapport, 48 propositions en faveur de l'égalité hommes/femmes. Certaines sont délicieuses et séduisantes.

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