Conférence sociale : les trois messages du gouvernement aux fonctionnaires

Publié le par DA Estérel 83

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Roboratifs, les débats l'ont mise en appétit. Piochant à la volée des petits fours autour du buffet, Marylise Lebranchu n'en revient pas : "Je ne comprends même pas comment nos prédécesseurs n'ont pas eu l'idée d'un truc pareil !", rigole  la ministre de la réforme de l’État et de la décentralisation, lundi 9 juillet, à l'issue de la première journée de la Conférence sociale organisée par le gouvernement. A l'entendre, l'opération est une réussite :"Les fonctionnaires  qui ont été méprisés ces dernières années avaient un grand besoin qu'on les écoute". C'est chose faite !

Dans le cadre  solennel du Conseil économique, social et  environnemental, place d'Iéna à Paris, une quinzaine de représentants syndicaux des trois fonctions publiques et des principales associations d'élus locaux ont pu présenter, quatre heures durant, leurs attentes et leurs doléances à la ministre.

Tout en goûtant  le retour  à un  esprit  de dialogue, la plupart des intervenants n'en sont pas moins restés sur leur faim. Les débats étaient jugés "un peu longs" voire"soporifique" par les CGC. Ils "n'ont pas permis, faute de temps, d'aborder les  enjeux de fond" regrettait FO. "On attend de voir ce que va en faire le gouvernement", avançait Bernadette Groison, au nom de la FSU, à l'issue de la table ronde. Qu'importent les frustrations ! Pour le gouvernement, l'objectif était de communiquer.


"2,5% EST UN PLAFOND, NON UN PLANCHER"

En marge des débats, les conseillers de Matignon, de l’Élysée ou de différents ministres ont aussi pris soin de  distiller - au travers d'apartés avec les journalistes - des messages rassurants  après les lettres de cadrage budgétaire adressées fin juin par le gouvernement. Dénoncée en raison de son caractère "comptable", la consigne de réduction annuelle  de 2,5% des effectifs des agents de la plupart  des ministères pour 2013-2015 avait suscité, ces derniers jours, un certain agacement des syndicats.

"2,5% est un plafond, non un plancher", tentait de déminer, lundi, un haut fonctionnaire dans les couloirs du Palais d'Iéna. En clair, la barre a été fixée volontairement haut pour que, au final, les suppressions de postes compensent tout juste les créations. En valeur absolue, l'objectif de 2,5 % équivaudrait à ne pas remplacer  15 000 départs en retraite par an, environ, dans les ministères non prioritaires - tous à l'exception de ceux de l'éducation, de l'intérieur et de la justice. François Hollande s'est engagé à créer 12 000 postes environ par an pour les missions d'éducation, de police et de justice. En affichant une volonté de réduction de 2,5%, le gouvernement se donne une marge d'appréciation de 3 000 postes.


L'EFFORT MAINTENANT, LE RÉCONFORT DEMAIN

Tel n'était pas le message de Mme Lebranchu. Le chiffre de 2,5% est bien un objectif à atteindre mais il vaut pour 2013, a-t-elle confié au Monde, à l'issue de la conférence. "Il est la conséquence de l'état désastreux des finances publiques dont nous héritons", expliquait-elle. En revanche, si la dette de l’État est renflouée grâce à un regain de croissance, le rythme des réductions des postes de fonctionnaires sera moins rapide  les années suivantes. Autrement dit, l'effort maintenant, le réconfort demain, promet-elle.

Deuxième message esquissé lundi : si l'objectif doit être atteint au moins l'an prochain, les lettres-plafond qui fixeront pour chaque ministère, fin juillet, le nombre de postes à supprimer pourrait être assorti de consignes précises sur les types d'emplois à préserver.

Pour le ministère de la fonction publique, la priorité devrait être donnée au maintien des agents dans les administrations déconcentrées, quitte à réduire les effectifs dans les services centraux. L'idée de donner aux ministère un mode d'emploi des 2,5% n'avait toutefois pas été encore  arbitrée, lundi, par Matignon.


CONSULTATION DANS LE CADRE DE L'AUDIT

La première journée de la conférence sociale a permis au gouvernement, en revanche, de satisfaire une demande des syndicats : ceux-ci ont obtenu l'engagement qu'ils seront consultés dans le cadre de l'audit de la révision générale des politiques publiques (RGPP), demandé par Matignon pour le 25 septembre à l'inspection des finances.

L'annonce de cet audit a satisfait les syndicats, y compris FO, le plus virulent jusqu'ici contre la RGPP. Mais son secrétaire général, Jean-Claude Mailly, a mis en garde : "Le gouvernement ne peut pas nous dire qu'il veut une évaluation de la RGPP et décider, avant d'avoir ce bilan, du nombre de postes à  supprimer. Il doit attendre les conclusions de la mission pour fixer un objectif."

Les autres syndicats se sont montrés moins radicaux. "On n'a pas besoin d'attendre l'audit pour savoir quelles sont les missions de l’État à préserver", expliquait Bernadette Groison, pour la FSU. François Chérèque, de son coté, a prévenu : "Si on s'en tient à une simple arbitrage mathématique, on court le risque que l’État ne puisse plus assurer certaines missions." Mais le patron de la CFDT n'a pas pour autant relevé, à l'instar de Christian Grolier (FO fonction publique), que "le gouvernement a mis la charrue avant les bœufs".

Après cette sobre "mise en bouche",  offerte par le gouvernement, lundi, les syndicats espéraient des annonces un peu plus copieuses,  mardi 10 juillet, à l'issue d'une seconde table ronde consacrée au pouvoir d'achat des fonctionnaires.

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