Comment une multinationale a voulu déstabiliser un élu du Parti de gauche

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2

 

 

En créant une régie publique, Gabriel Amard, président PG de la Communauté d'agglomération « Les Lacs de l'Essonne » s'est attiré les foudres de la Lyonnaise des eaux (Groupe Suez environnement). Le géant privé de l'eau s'est donc tourné vers un cabinet de lobbying, Vae Solis, qui s'est donné pour mission de « discréditer » l'action de l'élu de gauche. Chargé du « pilotage » de cette « mission » de déstabilisation ? L'actuel chef de cabinet du ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll !


Gabriel Amard, dans le colimateur de la Lyonnaise des eaux (DR)
Gabriel Amard, dans le colimateur de la Lyonnaise des eaux (DR)
Vae solis, « Malheur à celui qui va seul », en latin. Gabriel Amard, ancien du PS et actuel secrétaire national du Parti de gauche de Mélenchon, a eu le « malheur » non pas d’aller seul, mais d’aller contre. Contre la « logique » qui obligerait les municipalités à déléguer aux géants du privé la gestion de l’eau. Comme président de la communauté d’agglomération « Les Lacs de l’Essonne »  (regroupant les communes de Grigny et de Viry-Châtillon), il a décidé de créer une régie publique. De quoi susciter« l’inquiétude » de la branche régionale Ile-de-France sud de la Lyonnaise des eaux (Groupe Suez environnement). Privée de son fromage, elle s’est tournée vers Vae Solis, un « cabinet de conseil en stratégie de communication et gestion de crise » au nom si judicieusement choisi. 
  
Marianne s’est procuré des documents (voir ci-dessous) datés de fin 2011 et début 2012 qui montrent, dans le détail, l’art et la manière de mener une opération de lobbying. Rien que de très classique, selon le président de Vae Solis, Arnaud Dupui-Castérès, que nous avons contacté : « Notre métier est de permettre à toutes les parties prenantes de faire entendre leur point de vue. Dans ce dossier, la Lyonnaise n’arrivait pas à faire entendre sa voix. » Vae Solis propose pourtant de « limiter et réduire, en la discréditant sur le fond, la communication » jugée « agressive », voire « outrancière » du président de la communauté d’agglomération. En somme, de faire taire sa voix… Le cabinet préconise aussi de fournir en« informations »« éléments de langage » et « notes blanches » (sic) les opposants au projet, comme Jean-Marie Vilain, un élu du groupe UMP-Nouveau Centre de Viry, et d’œuvrer enfin « à la publication de quelques articles dans la presse nationale et locale ». Mais, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, le cabinet de conseil, est-il écrit,« continuera à alimenter » un blog, « MonVirynature  », pourtant censé être animé par un simple citoyen de Viry-Châtillon « touché par le virus de l’écologie » ! 


RÈGLEMENTS DE COMPTE(UR)S (D’EAU) ENTRE AMIS DE GAUCHE !

L’affaire, qui donne à voir à l’échelle locale comment agit une multinationale pour mettre sous pression un élu, prend un tour cocasse quand on constate à la lecture des documents que l’homme devant mener le« pilotage de la mission » est… un socialiste ! Et pas n’importe lequel : Antoine Boulay, alors directeur général de Vae Solis, est aujourd’hui… chef de cabinet du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll ! Voilà qui fait désordre quand on sait que d’autres éminents membres du gouvernement, comme Manuel Valls à Evry et Pierre Moscovici à Montbéliard, ont enclenché, eux aussi, le passage à une régie publique. 
  
Antoine Boulay, lui, explique ne « plus se souvenir très bien » de cette mission ; et si son nom apparaît sur ce genre de document, il n’était pas toujours directement à l’œuvre. D’ailleurs, il explique avoir choisi « de changer de vie » et se dit aujourd’hui « content de ne plus avoir de clients » et « d’œuvrer à l’intérêt général » ! 
  
« Œuvrer à l’intérêt général », c’est aussi ce que Gabriel Amard pense avoir fait sur son territoire. L’élu se montre finalement peu surpris d’avoir été l’objet d’une telle attention de la part de la Lyonnaise des eaux : « Je les comprends. A chaque fois qu’ils ont tenté de nous barrer la route, ils se sont cassé les dents. Moralement, ça devait être dur pour eux ! » En revanche, sur le cas Boulay, Amard se montre beaucoup moins compréhensif : « C’est l’exemple même du compromis intellectuel auquel s’adonnent certains socialistes… » 



 

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