Comment l'Assurance-maladie veut freiner les dépenses

Publié le par DA Estérel 83

Les Echos

 

 

La CNAM propose de baisser fortement les prix des génériques l'année prochaine. Il faut trouver 2,2 milliards en 2013. Elle prône aussi des réformes structurelles sur les soins lourds (diabète, cancer colorectal, etc.) et une amélioration ciblée de prise en charge pour les moins aisés.

Comment l\'Assurance-maladie veut freiner les dépenses

Le conseil de la Caisse nationale d'assurance-maladie doit débattre jeudi des moyens de limiter la hausse des dépenses d'assurance-maladie, ses propositions devant ensuite être transmises au gouvernement pour préparer le budget 2013 de la Sécurité sociale. Le directeur de la CNAM, Frédéric Van Roekeghem, et la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, se sont entretenus sur le sujet hier. Le rapport de la CNAM chiffre le besoin d'économies à 2,2 milliards d'euros en 2013 (voir graphique), pour contenir à 2,7 % la hausse des dépenses, comme s'y est engagé Bercy. Sans mesures nouvelles, les dépenses progresseraient de 4 %.

Pour y parvenir, l'Assurance-maladie s'est conformée à la feuille de route de l'exécutif, en excluant tout déremboursement. Elle préconise d'agir en priorité sur les tarifs des médicaments et des dispositifs médicaux (850 millions), en ciblant les génériques dont les prix sont jugés surévalués par rapport à nos voisins. En prenant comme référence le prix moyen par unité standard en Allemagne et en appliquant de fortes baisses de prix au-delà, le gain serait proche de 400 millions sur les génériques déjà sur le marché. Quant aux nouveaux génériques, ils verraient leur décote par rapport au produit princeps portée de 60 % à 70 %. A plus long terme, la CNAM préconise de donner plus de latitude aux pharmaciens pour négocier des ristournes avec les fabricants de génériques : le plafond de la remise (17 %) serait relevé voire supprimé, le pharmacien devant alors reverser une partie des économies réalisées à l'Assurance-maladie. Autres tarifs dans le viseur de la CNAM : ceux des dispositifs médicaux implantables tels que les simulateurs cardiaques.

Prévention et dépistage

La maîtrise des prescriptions (médicaments, indemnités journalières, etc.) négociée chaque année avec les médecins devrait aussi permettre d'économiser 550 millions. L'hôpital est également invité à réduire ses prescriptions de médicaments (150 millions), à développer la chirurgie ambulatoire (50 millions) ou encore à faire des économies sur la logistique (210 millions). Les tarifs de certains spécialistes pourraient être revus pour économiser 150 millions. Même en tenant ces objectifs, le déficit de l'Assurance-maladie ne serait que stabilisé, en l'absence de recettes nouvelles, souligne le rapport.

Mais la CNAM ne se contente pas de lister ces économies devenues classiques. Elle détaille une vingtaine de mesures qui permettraient de ramener la progression « naturelle » des dépenses «  un peu au-dessus de 3 % » à moyen terme tout en améliorant la qualité des soins. L'Assurance-maladie estime ainsi possible d'économiser 1,6 milliard par an à l'horizon 2017 (voir graphique) en prenant en charge de façon plus optimale certains soins lourds (le gain ne serait que de 120 millions en 2013) : chirurgie programmée (genou, varices, hernie), cancer colorectal et coloscopies, diabète et insuffisance cardiaque. Sur la seule prise en charge du diabète, plus de 800 millions pourraient être économisés d'ici à cinq ans en renforçant les soins de premier recours (moindres complications), en améliorant la prévention et le dépistage ou encore en développant des génériques. Le rapport juge que des seuils minimaux d'activité devraient être fixés ou relevés afin de garantir la qualité des soins pour la chirurgie du genou ou les cancers colorectaux. Ce qui générerait de grosses économies. Le pari est globalement de miser sur des accompagnements renforcés, quitte à investir davantage, pour obtenir in fine des économies durables. La CNAM propose également un volet, non chiffré, de mesures d'amélioration de l'accès aux soins (lire ci-contre), en particulier pour les plus démunis.

ÉTIENNE LEFEBVRE

optique et dentaire : des droits nouveaux
Pour tenir compte des demandes de l'exécutif, la CNAM suggère, au-delà des économies à trouver, une série de mesures ciblées visant à améliorer l'accès aux soins (en dehors des dépassements d'honoraires qui font l'objet d'une négociation spécifique). Le rapport propose en particulier de renforcer la couverture proposée en matière d'optique pour les bénéficiaires de la CMU, de même que pour ceux ayant accès à l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS). Pour ces derniers, un « tarif social dentaire » devrait aussi être envisagé (ils ne bénéficient pas de forfaits opposables comme les personnes ayant la CMU). Autre proposition : renforcer l'accès aux indemnités journalières pour les salariés ayant une faible activité.

Publié dans Santé

Commenter cet article