Comment Hollande déconstruit l'image de Sarkozy

Publié le par DA Estérel 83

Chroniques de Juan

 

 

 

François Hollande en fait-il trop pour son image ? 

C'est devenue l'une des préoccupations politico-médiatiques majeure du moment.

Nous avions connu pareille situation les premiers mois de la mandature Sarkozy, car l'omniprésident multipliait aussi (tristes) symboles et fautes de goûts.

Mais cette fois-ci, c'était différent. 

Les enjeux
Il y a 8 jours, le couple Hollande/Trierweiler a été (largement) vu partir en train pour le Fort de Brégançon, une propriété de l'Etat sécurisée pour les présidents français en vacances. « Avant de se rendre en train à la résidence présidentielle du fort de Brégançon, le chef de l'Etat est allé jeudi faire des emplettes à la Fnac » rappelait le Figaro. Le même journal avait reçu 87% de 52.000 votes à l'un de ses sondages en ligne qu'il affectionne: D'autres images étaient plus classiques, comme celles du 3 août, où le couple flânait à Bormes-les-Mimosas parmi les touristes (comme Nicolas et Carla Sarkozy pouvaient se montrer dans les environs du Cap Nègre), ou à la terrasse d'un bistrot de plage

Depuis son élection, l'équipe Hollande a ainsi cherché à construire une autre image, celle maintes fois commentée d'un président « normal ».

Il y avait deux enjeux, bien différents et si complémentaires. Primo, à gauche comme à droite, on a largement imputé la défaite de Nicolas Sarkozy à ses dérapages Bling Bling. Il ne faut pas se louper, surtout en période de crise. Secundo, il y avait fort à faire à déconstruire l'image présidentielle véhiculée par son prédécesseur: normaliser un fonctionnement institutionnel abimé par le centralisme décisionnel sarkozyen, normaliser l'image de la fonction pour apaiser le débat politique. 

Les moyens de l'image
Voici une revue sans doute non exhaustive des moyens et des actes déployés depuis quelques mois.

1. Hollande fait attention aux symboles. L'entretien du 14 juillet, ses premières interventions télévisées, ses déplacements. Le président élu ne cache pas l'importance de ces actes de normalité. « Avant de monter à bord, François Hollande a lui-même reconnu la valeur symbolique de ce voyage » relatait une journaliste du Figaro au départ du train pour Brégançon.

2. Pendant la campagne, le dessinateur Matthieu Sapin était parvenu à convaincre très tôt le candidat socialiste de le laisser suivre son périple électoral depuis les coulisses. Cela donna une bande dessinée, Campagne présidentielle – 200 jours dans les pas du candidat François Hollande..., publiée en juin dernier. Dans cet ouvrage, on apprend d'ailleurs discrètement que le cinéaste Djamel Bensalah a lui-même filmé les coulisses de la campagne. 

3. Au même moment paraissait un recueil de photographies de la campagne, François Hollande Président, réalisées par Stéphane Ruet, et commentées par Valérie Trierweiler. 

4. Fin août, la rentrée littéraire promet d'être encombrée d'ouvrages sur François Hollande. Mais un seul d'entre eux aura un caractère quasi-officiel, celui de l'écrivain Laurent Binet, «chroniqueur officiel de la campagne », qui publie son ouvrage Rien ne se passe comme prévu, chez Grasset, le 22 août. En 2007, Yasmina Reza avec L'aube le soir ou la nuit avait procédé de même avec Nicolas Sarkozy. 

5. D'une brève, le Figaro avait vendu la mèche: un documentaire se préparait sur les 100 premiers jours de la présidence Hollande, réalisé par Patrick Rotman. Le documentariste, auteur de nombreux portraits politiques (Chirac, Jospin) et de scénarios (on lui doit le script de la Conquête, réalisé par Xavier Durringer en 2011) a été accepté dans le cercle présidentiel pour filmer et raconter ce premier épisode. Une initiative qui a énervé notre confrère Guy Birenbaum voici quelques semaines
De son temps, Nicolas Sarkozy se faisait filmé par Elysée.fr quasi-quotidiennement, des images ensuite souvent fournies aux chaînes de télévision notamment d'information. Plus de 1.500 videos plus ou moins longues ont ainsi été postées sur le site pendant le mandat. 

Les critiques 
Les critiques, pour l'essentiel à droite et chez quelques éditocrates, développent 3 arguments:

1. Certains raillent l'hypocrisie supposée de cette « normalité  » avec autant d'ardeur qu'ils raillaient, pendant la campagne, la normalité supposée existentielle et handicapante pour la fonction. Candidat, Hollande était trop normal pour être président. Président, il serait maintenant faussement normal...  Quand il s'est rendu en train à Bruxelles en mai/juin dernier, on a pu entendre certains moquer qu'il ait dû repartir en voiture. 

2. La seconde critique est que cette normalité coûte aussi cher que l'anormalité du Monarque Sarkozy. L'argument est répété sur des anecdotes invérifiables et rarement chiffrées. Ainsi, lors des trois déplacements en train (à Bruxelles puis pour le Fort de Brégançon), le Figaro répétait qu'il fallait sécuriser tous les ponts sur le trajet. Un dispositif assurément coûteux, mais qui l'a donc réellement comparé avec le coût des heures de vols en Airbus ou Falcon réalisés par Sarkozy lors de ses aller/retour Paris/Cap Nègre ? 
« Le choix du président a certainement fait grincer des dents à la SNCF, sécuriser un train n'étant pas une mince affaire. Le président de la compagnie ferroviaire, Guillaume Pepy, expliquait il y a un an qu'une réglementation vieille de soixante ans imposait, en cas de présence du chef de l'État à bord d'un train, de faire garder tous les ponts du réseau ferroviaire par des gendarmes.» Marion Brunet, Figaro du 3 août 2012.
Plus globalement, cette critique n'a pour l'instant pas grand sens puisque nous ne disposons pas du premier état de la Cour des Comptes sur les dépenses de l'Elysée sous administration Hollande.

3. Le troisième argument est que cette attitude fait prendre des risques à son auteur. On imagine pourtant que les mesures de sécurité sont prises. C'est un paradoxe apparent: comme Nicolas Sarkozy mais différemment, François Hollande ne semble pas forcer sa nature même s'il construit son image.

En construisant son image, François Hollande tente aussi, volontairement ou pas, de déconstruire celle de son prédécesseur.


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