Clearstream : le parquet requiert encore la condamnation de Villepin

Publié le par DA Estérel 83

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Plus de cinq heures de réquisitoire et deux avocats généraux ont été nécessaires pour requérir la condamnation d'Imad Lahoud, Jean-Louis Gergorin et Dominique de Villepin dans l'affaire Clearstream, ce lundi 23 mai devant la cour d'appel de Paris. Le premier magistrat, Dominique Gaillardot, lors d'un exposé monotone et fastidieux, s'est attaché à caractériser avec minutie les responsabilités de chacun des deux comparses dans le processus de dénonciation calomnieuse, cette « machine à lancer les rumeurs » et à salir les réputations à coups de faux listings bancaires.

Il décortique le rôle d'Imad Lahoud, « un escroc », mais aussi « un menteur, un affabulateur et un manipulateur ».

 

Puis il s'attache à décrire celui de Jean-Louis Gergorin, le cerveau, dont l'intervention «crédibilise la manipulation». Un homme intelligent et influent qui, selon lui, est d'une absolue mauvaise foi, fait preuve d'une volonté de nuire « hors du commun », et est «doué pour la manipulation»«Sans Gergorin, il n'y aurait pas d'affaire Clearstream», résume-t-il. Pas de doute, expose l'avocat général, les faux listings sont une œuvre commune de Lahoud et Gergorin.

 

 

Les heures passent. Deux juges échangent de discrètes plaisanteries. Un avocat et quelques spectateurs somnolent dans la salle d'audience. D'autres se dévissent le cou pour contempler le haut plafond: peint par le très classique Léon Bonnat en 1901, il représente rien de moins que la justice éclairée par la vérité, qui pourchasse le crime et défend l'innocence. Les plus savants se font un devoir de le chuchoter à l'oreille de leur voisin : c'est dans cette même salle de la première chambre de la cour d'appel qu'a été jugé Philippe Pétain. C'est dire si l'on s'ennuie.

 

Dominique de Villepin, qui a pris soin dès le début du procès de s'asseoir le plus loin possible des deux autres prévenus, se perd dans la contemplation d'une tapisserie des Gobelins. Jean-Louis Gergorin, studieux, prend des notes. Quant à Imad Lahoud, reconverti récemment en prof de maths, il improvise pendant la suspension d'audience un petit cours de droit à une classe de lycéens. Sympa, Imad.

 

La polyphonie des parties civiles

Jean-Louis Pérol, le second avocat général, prend la parole en fin d'après-midi. L'espoir renaît. Pas de chance : le magistrat démarre par un exposé sur une question de droit qui s'avère aussi abscons que soporifique. Après ce pensum, il justifie avec lenteur le bien-fondé des poursuites de « complicité de dénonciation calomnieuse par abstention», c'est-à-dire « par décision de ne pas agir en connaissance de cause ». C'est le délit pour le moins inusuel qui est reproché à Villepin par le parquet, et qui justifie ce second procès pour le rival de Nicolas Sarkozy.

Selon l'avocat général, la dissimulation de l'identité du corbeau Gergorin à la DST de la part de Villepin prouve la complicité de l'ancien ministre. Loin d'être trompé par Gergorin et Lahoud, cet « homme à l'intelligence exceptionnelle » aurait, au contraire, laissé l'affaire se poursuivre en parfaite connaissance de cause. Il y aurait donc eu une « communauté d'intérêts » entre les trois prévenus, qui mentent nécessairement, selon l'avocat général. Il y a eu un «coup tordu», la calomnie a fait des victimes, et cela mérite sanction.

Contre Imad Lahoud, traité d'escroc, l'avocat général réclame donc 30 mois de prison dont 15 avec sursis et 45.000 euros d'amende. Contre Jean-Louis Gergorin, qualifié d'obsédé de la manipulation, il demande 30 mois de prison dont 18 mois avec sursis et 45.000 euros d'amende. Enfin, s'agissant de Dominique de Villepin, il requiert 15 mois de prison avec sursis.

Plus tôt, dans la matinée, Jean-Pierre Mignard, l'avocat du magistrat Gilbert Flam et du journaliste Edwy Plenel (directeur de Mediapart), tous deux parties civiles, avait dénoncé un « dysfonctionnement grave des institutions ». Outre Villepin, rappelle Me Mignard, Michèle Alliot-Marie, son directeur de cabinet Philippe Marland, le général Rondot, ainsi que Nicolas Sarkozy lui-même, ont été rapidement au courant de l'affaire des listings truqués, et auraient tous pu y mettre un terme. C'était même leur devoir, expose l'avocat.

« Même si nous considérons que M. de Villepin n'a pas fait un usage correct » de l'article 40 du code de procédure pénale – qui oblige tout responsable public à saisir la justice d'un délit dont il aurait eu connaissance –, lâche Me Mignard, « il ne faut pas que l'arbre de Villepin cache la forêt de la faute de l'Etat ».

 

Les avocats de Charles Pasqua, d'Alain Madelin, de Dominique Ambiel et d'Alain Chouet, eux, se montrent beaucoup moins compréhensifs à l'égard de Villepin, qu'ils étrillent à tour de rôle. Il reste qu'aucun des plaignants ne sait toujours avec certitude qui a ajouté son nom sur les listings Clearstream, ni surtout dans quel but. Le procès se termine mercredi et jeudi avec les plaidoiries des avocats de la défense.

Publié dans Justice

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