Christian Lambert, le préfet cancre mais récompensé

Publié le par DA Estérel 83

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Présenté comme l’homme fort du chef de l’Etat dans le 93, le bilan du préfet Christian Lambert est en fait calamiteux. Le symbole d’un système sarkozyste qui fonctionne plus sur la fidèlité que sur la compétence.



Il aime vanter le mérite républicain. Mais il n’a fait que le piétiner. Avec Nicolas Sarkozy, nul besoin d’être compétent pour être promu, il suffit d’avoir les bonnes relations ou labonne relation. Son fils, étudiant en 2e année de droit, a failli présider l’Epad. Christian Lambert, un de ses fidèles, pourrait rester préfet de Seine-saint-Denis malgré un bilan désastreux. 

Son seul mérite est d’être un proche du chef de l’Etat, ex-chef du Raid et ex-préfet délégué à la sécurité pour la Corse, il a participé à l’arrestation d’Yvan Colonna. Il a aussi été patron des CRS lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur. Les deux se sont connus lors de la prise d'otages de la maternelle de Neuilly. Sa nomination en avril 2010 comme préfet de Seine-saint-Denis a été vue comme un signe politique. Mettre un flic de choc comme représentant de l’Etat dans le département, c’est clairement se placer sur le terrain de la sécurité. La nomination l’été dernier d’Eric Le Douaron, ex-directeur de la sécurité publique, comme préfet de l’Isère relève de la même logique. Ces nominations avaient d’ailleurs fait des remous dans le corps préfectoral.

Et visiblement, Christian Lambert plaît en haut lieu. En vue d’une campagne présidentielle qui misera certainement sur la lutte contre lé délinquance notamment en banlieue, il sera un pion essentiel pour la réélection de Nicolas Sarkozy. Un seul problème : Lambert fêtera ses 65 ans le 5 juin prochain, ce qui signifiera son départ obligatoire en retraite.

IL FAUT SAUVER LE PRÉFET LAMBERT

Mais le gouvernement a trouvé une parade. Une loi actuellement en discussion à l’Assemblée prévoit de retarder le départ en retraite des préfets (mais aussi des ambassadeurs ou des recteurs) « à titre exceptionnel dans l’intérêt du service » de deux ans maximum après leur 65ème anniversaire. Les 65 ans de Lambert approchant, le gouvernement a demandé l’urgence, c’est-à-dire qu’il y aura une et non deux lectures par chaque chambre du Parlement. 

Ce texte a pour l’instant était retoqué par les députés en commission des lois. Certains à droite comme l’ex-ministre Dominique Bussereau y voyaient « un texte de circonstance ». Un autre opposant UMP est … Patrick Devedjian, âge de 67 ans. En commission, il a rappelé le précédent de l’Epad. En effet, pour placer le fils du président, l’Elysée a bloqué un projet de décret repoussant la limite d’âge au delà de 65 ans, ce qui lui aurait permis de garder le fauteuil. Mais vu la polémique, c’est Joëlle Ceccaldi-Raynaud qui a finalement eu le poste. Devedjian doit être rancunier. 

Toujours est-il que le texte, qui ne comprend qu’un article, doit encore être discuté en séance à partir de jeudi avant une éventuelle commission mixte paritaire pour accorder députés et sénateurs. Le calendrier est serré, il reste à peine 10 jours avant que Lambert ne doive plier bagages.

Cette précipitation est-elle justifiée ? Après tout, pourquoi se priver d’un préfet compétent ? C'est en tout cas l'opinion de Guéant. « C'est un bilan formidable qui tient à l'homme, qui est engagé à tout instant, jour et nuit sur le terrain, qui élabore des stratégies de reconquête républicaine des quartiers difficiles au profit des habitants qui souffrent de la délinquance » a déclaré le ministre   en avril dernier pour fêter le premier anniversaire de son chouchou à la préfecture. Le Figaro est sur la même ligne que Guéant et a salué le 20 avril  : « Les succès du préfet Lambert dans le 9-3 » Mais les chiffres, pourtant officiels, ne disent pas la même chose. Christian Lambert est même un cancre en matière de sécurité par rapport aux autres départements de banlieue parisienne.

VIOLENCES ET TRAFICS EN HAUSSE

Selon les statistiques (très détaillées) de l’ONDRP, en Seine-saint-Denis, entre mai 2010 et avril 2011, sous Christian Lambert, les actes de violence contre les personnes enregistrés par les forces de l’ordre ont augmenté de 9,2% par rapport à ceux relevés entre mai 2009 et avril 2010, quand Lambert n'était pas encore en fonction. Cette hausse n'est « que » de 2,43% dans toute la France, de 2,6% en Ile-de-France, 5,5% dans le Val-de-Marne, 3,7% dans le Val-d’Oise, 2,4% dans les Hauts-de-Seine et en baisse de 9,7% dans l’Essonne. 

Autre preuve de l'échec de Lambert : les vols avec violence ont augmenté de 14%, un peu moins que dans le 92 avec une hausse de 15,4% mais plus que dans le 94 avec 13,6% ou dans le Val-d’Oise avec 8,8 et 6,3% dans toute la France. Le préfet Lambert s’en sort un peu mieux sur les actes de vandalisme contre les biens privés ou publics qui sont en baisse de 10,3%.

Mais le préfet était surtout attendu sur le trafic de drogue. Un autre échec total, les délits relatifs aux stupéfiants étant en hausse de 8,5% dans son département entre les deux périodes citées. Contre une baisse de 3,9% dans le 92 et de 4,8% dans l’Essonne, une hausse de 6% dans le Val de Marne, et de 6,8% dans le Val-d’Oise. 

Hausse de la violence et des trafics, le bilan du préfet Lambert, « homme du président » dont on espérait tant, est donc peu glorieux. A part au Figaro et à l’Elysée, ses ratés ne sont pas passés inaperçus. Christian Lambert marque l’échec d’une politique de sécurité verrouillée parquelques fidèles du chef de l’Etat : Claude Guéant au ministère de l’Intérieur, Michel Gaudin à la préfecture de police de Paris, Frédéric Péchenard, à la direction de la police…  Aujourd’hui, pour réussir au sommet de l’Etat, il faut décidément une tête bien pleine. Pleine de sarkozysme.

Publié dans Gouvernement

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viviane 25/05/2011 18:12


il faudrait aussi que notre président de région abandonne ses droits à une retraite de préfet qu'il n'a jamais été (4000 euros mensuels) car cela va finir par se savoir !