Chirac et Hollande: de sacrés farceurs

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Entre des séances assommantes du Conseil constitutionnel, qu'il a tendance à sécher, et un procès annoncé dont il se passerait bien, Jacques Chirac confesse parfois à ses amis qu'il s'ennuie ferme. Comment résister alors à ourdir à une bonne blague de collégien, pardon de «Corrézien», contre une connaissance qui la comprendrait, culture corrézienne oblige, au quart de tour ?

Telle est en substance l'explication fournie par l'ancien président de la République après sa déclaration publique qu'il votera en faveur de François Hollande lors de la prochaine présidentielle. «Pas une déclaration. Juste une plaisanterie, pour énerver ses amis», avait aussitôt rectifié le socialiste, ajoutant, fine mouche, que prendre pour argent comptant cet engagement serait le «pire service» à rendre à sa propre candidature.

Comme le philosophe Luc Ferry n'a pas encore programmé une conférence indispensable sur les particularismes des humours régionaux, force est de se reporter à la version filmée de la blague chiraquienne pour en saisir la puissance comique.

La scène se passe samedi à Sarran, dans le «Musée du Président Chirac» où les deux hommes inauguraient une exposition. Assez fort pour que les micros saisissent ses propos, Chirac glisse à Hollande : «J'aime beaucoup Juppé, mais comme il ne sera pas candidat, je voterai pour toi». Hollande lui conseille d'être discret - «On va vous entendre !» -, et il s'éloigne. Chirac le rattrape et lance à la cantonade: «Mais, je peux dire que voterai Hollande !».

Hilarant, non ? L'Élysée et la majorité en sont restés bouche bée tout le week-end. Les pressions ont dû en revanche être fortes pour que Chirac se fende hier d'une mise au point justifiant par un trait d'«humour corrézien entre républicains» cette attaque en piqué contre Nicolas Sarkozy. Car la sortie de Chirac est loin d'être anodine au moment où Nicolas Sarkozy reste au plus mal dans les sondages, donné toujours battu par les socialistes en 2012.

Dans le second tome de ses mémoires, tout juste en librairie, Jacques Chirac dit tout le mal qu'il pense du Sarkozy d'avant 2007 et toute son affection à «l'homme d'État» François Hollande. L'adoubement d'un ancien président de droite qu'il a toujours politiquement combattu n'est certes pas la meilleure des cartes de visite pour un prétendant aux primaires socialistes. Pour Hollande, le soutien de Chirac peut-être à double tranchant et il arrive trop tôt.

Nul doute pourtant qu'il restera dans les mémoires de tous ceux qui, nombreux dans les sondages, accordent aujourd'hui un crédit indéniable à la personnalité de Jacques Chirac et partagent sa détestation désormais publiquement revendiquée de Nicolas Sarkozy.

 

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