Chirac a la mémoire qui tranche

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Jacques Chirac avait toujours argué du respect de la fonction présidentielle pour refuser de donner son sentiment sur la politique menée par son successeur à l'Elysée. Mais voilà qu'aujourd'hui, s'il refuse toujours de dire ce qu'il pense de Sarkozy, il ne se gêne plus pour l'écrire...

Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'autant son verbe était rare jusqu'à être inexistant, autant sa plume se fait abondante et féroce dans le tome 2 de ses mémoires dont «Le Point» et «Le Nouvel Observateur» ont donné dès hier quelques bonnes feuilles. L'ancien maire de Neuilly ne devrait pas, à onze mois de la présidentielle, vraiment goûter ce perfide cadeau de campagne.

Que Sarkozy soit décrit comme «nerveux, impétueux, débordant d'ambition, ne doutant de rien et surtout pas de lui-même», voilà qui ne constituera évidemment pas une révélation aux yeux des Français qui ont appris depuis quatre ans maintenant à mieux connaître le caractère inflammable de l'hôte de l'Elysée. Plus gênante pour Nicolas Sarkozy c'est la façon dont, par petites touches impressionnistes, Jacques Chirac décrit un homme en qui il n'a jamais pu avoir totalement confiance. Sarkozy en éternels et inusables habits de Judas ?

Chirac ne va pas si loin. N'ayant «pas les preuves», il se contente d'énoncer des doutes, de rapporter des coïncidences troublantes. Il n'accuse pas, il décrit. Mais c'est une terrible description qui l'amène à une non moins terrible conclusion: s'il n'a pas fait de Sarkozy, en dépit de ses énormes qualités, son Premier ministre, c'est parce qu'il a compris qu'il ne pouvait attendre de lui la «loyauté» et la «transparence totale» qui doit prévaloir dans la relation Elysée-Matignon... Tout est dit !

Même si Chirac explique dans un grand élan qu'il considère qu'il a toujours vu en lui «l'un des hommes politiques les plus doués de sa génération», le mal est fait... La charge contre Nicolas Sarkozy apparaîtra d'autant plus rude qu'il n'y a guère que Lionel Jospin à «bénéficier» d'une telle sévérité. Et qu'à l'inverse Jacques Chirac semble prendre un malin plaisir à tresser des louanges à Dominique de Villepin et Alain Juppé...

Et la politique dans tout ça ? Après les banderilles sur les traits de caractères de Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac porte l'estocade: «nous ne partageons probablement pas la même vision de la France». Une distance dont on serait tenté de se dire qu'elle ne saurait affecter le moins du monde le sarkozisme basé sur la«rupture» revendiquée d'avec le chiraquisme. Sauf que derrière cette prise de distance radicale se profile une façon de proclamer que Nicolas Sarkozy ne peut à aucun titre et d'aucune façon se réclamer du gaullisme.

Et voici comment en voulant se défaire des habits du chiraquisme, on se fait dépouiller de l'héritage du général de Gaulle aux yeux de l'opinion !

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