Ce qu'un tweetclash sur le SMIC entre Bruno Masure et Jean-Michel Aphatie veut dire

Publié le par DA Estérel 83

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Signe des temps, les tweetclashs entre personnalités publiques se multiplient. En une journée, Bruno Masure et Nicolas Dupont-Aignan s'en sont pris à Jean-Michel Aphatie et sur ce qu'il incarne dans la sphère médiatique, politiquement et socialement. Tweetclashs instructifs.

 

Bruno Masure mouchant Jean-Michel Aphatie : c'est sur Twitter. Décidément le réseau social de microblogging n'en finit pas de réserver des surprises. Plus le temps passe, plus ce réseau est fréquenté, et plus on y assiste à des débats, des échanges, des dialogues qui semblent en passe de ressusciter la grande tradition du duel à la française, pratique qui ne disparut qu'au début du 20e siècle, ce qui, avec un peu de recul, parait hallucinant.

 

Parmi tous les avantages qu'il offre, le réseau social Twitter est aussi et surtout le reflet de l'air du temps, des conflits et tensions de l'époque.

 

Donc sur Twitter, après la passe d'armes entre Audrey Pulvar (France 2) et Jean Quatremer (Libération) qui eut le mérite de poser clairement la question de détermination de la frontière où peut surgir le conflit d'intérêt en matière de politique et de journalisme, voici qu'apparait, au détour d'un après midi moite de printemps, une nouvelle controverse qui mérite d'être signalée.

 

Commentant la décision du gouvernement de donner un petit coup de pouce au SMIC, le journaliste de RTL, Jean-Michel Aphatie, a publié le tweet suivant :

 

"#Athènes: la bourse dévisse -6%. #Espagne: les banques suffoquent. #France: on augmente le #SMIC".

 

On entrera pas ici sur le bien fondé de l'analyse économique déployée par Jean-Michel Aphatie, et l'on se contentera de noter, une fois de plus, qu'il exprime la tendance du moment, celle qui s'épanouit dans les rangs des défenseurs de l'économie financiarisée et ultra libérale : les pauvres doivent payer l'addition des riches. Il en a toujours été ainsi partout, il est ainsi en Grèce, il sera ainsi en France.

 

Ce tweet engagé s'est attiré une vive réponse de Bruno Masure, journaliste que l'on ne présente plus tant il présenta, vive réponse ainsi formulée :

 

"@jmaphatie Tant mieux pour les smicards : tout le monde n'a pas les salaires des branleurs de Canal + !!!"

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien qu'anecdotique d'apparence, cet échange tendu témoigne des tensions sociales au sein de la société française, tensions qui s'exercent à tous les niveaux. Ce "tweetclash", comme on dit de nos jours dès lors qu'il faut caractériser un affrontement un peu vif sur le réseau social Twitter, est l'un de ces révélateurs qui illustre, à n'en pas douter, que des journalistes, éditorialistes et commentateurs sont de plus en plus contestés en raison de leur appartenance à ce qu'il faut bien dénommer une certaine élite politico-médiatique, dès lors qu'ils incarnent, y compris aux yeux de leurs confères, une certaine soumission à l'ordre établi par les forces de l'argent.

 

Certains déploreront sans doute que les analyses de Jean-Michel Aphatie soient pesées à l'aune de son appartenance de classe et/ou de son habitus. Ils n'auront pas tort. Mais force est de constater que depuis plusieurs années, une partie non négligeable de l'opinion publique française tend à contester les commentateurs de l'actualité les plus en vue selon une logique de classe.

 

Il est d'ailleurs intéressant de noter que quelques heures avant l'échange avec Bruno Masure, le même Jean-Michel Aphatie avait eu maille à partir avec Nicolas Dupont-Aignan, tout récent candidat à la présidence de la République, et qui avait enfanté un buzz durant la campagne présidentielle comme on les aime sur le net, et notamment sur Twitter, lors de son passage au Grand journal de Canal Plus face à... Jean-Michel Aphatie. Dans la même logique que Bruno Masure, il avait mis en cause le journaliste en évoquant le décalage social et culturel existant entre la classe à laquelle il appartenait et la majorité des Français aux prises avec la crise.

Morandini zap : clash Dupont-Aignan/Apathie/Denisot Vidéo jeanmarcmorandini sélectionnée dans Replay TV

 

Sur Twitter, revenant sur cet incident, Nicolas Dupont-Aignan avait indiqué :

 

"Il n y a pas un jour sans qu un inconnu me félicite dans la rue pour ma question sur le salaire d Aphatie et de Denisot sur le plateau du GJ"

 

La réponse de Jean-Michel Aphatie fut sèche. Évidemment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment ne pas lier le tweet de Dupont-Aignan à la réponse cinglante de Bruno Masure à Jean-Michel Aphatie s'indignant d'une augmentation du SMIC ? C'est impossible.

 

La leçon à tirer de ces échanges exemplaires est évidente : Twitter est tout à la fois l'écho des tensions qui parcourent de haut en bas la société française, et le reflet du rejet d'une partie de l'élite politico-médiatique installée en position dominante depuis une décennie, élite dont Jean-Michel Aphatie est emblématique (simple constat, nothing personal) et dont les options sont à rebours du choix politique exprimé par les Français avec l'élection de François Hollande, élection envisagée ici dans sa dimension symbolique, en tant qu'expression d'une valeur morale et civique en politique. 

 

Il n'est pas d'exemple, dans l'histoire de l'audiovisuel, de ce que les aspirations des Français, perçues et enregistrées à grand renfort d'études, de sondages et autres groupes témoins ne finissent tôt ou tard par être entendues.

 

Le 6 mai 2012, les Français n'ont pas seulement congédié Nicolas Sarkozy, ils ont aussi entendu en finir avec une certaine arrogance, une certaine élite politico-médiatique, un certain air du temps où l'audiovisuel a été mis au service d'un terrorisme intellectuel économique et social de classe. Et cette volonté, qui porte en elle une colère et une révolte que l'on ne peut nier, pour le pire et le meilleur, s'exprime aussi sur Twitter, par le biais de personnalités aussi différentes que Bruno Masure ou Nicolas Dupont-Aignan.

 

Gauche et droite confondues dans la même dénonciation, c'est bien la preuve qu'il ne s'agit pas d'une question réservée aux hémiplégiques dénoncés par Raymond Aron en son temps. A méditer. Sur Twitter et ailleurs.

Publié dans Billet

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