C'est quoi, une rigueur juste ? (1/2)

Publié le par DA Estérel 83

Chroniques de Juan

 

 

 

Puisque le premier plan Ayrault a été dévoilé, on peut enfin en parler, le louer ou le critiquer. Il sera bien temps, à l'automne, de continuer l'analyse quand seront connus les contours exacts de la loi de finances pour 2013.

Qu'est-ce donc qu'une «rigueur juste » ? 

Nul ne le sait, c'est encore flou. Le bilan viendra plus tard. Il y avait l'ordre juste, un concept développé par Ségolène Royal en 2007. Il s'agissait de faire comprendre, simplement et rapidement, que la gauche n'avait plus aucune leçon à apprendre de la droite en matière de lutte contre l'insécurité. Royal était devin. On comprit en 2012 combien Nicolas Sarkozy avait été nul en matière de sécurité.

La « rigueur juste » n'est pas un concept aussi officiel, mais qu'importe la terminologie. Samedi sur TF1 et France2, François Hollande a évoqué l'effort dans la justice.

Devant l'ampleur des efforts, cette perspective de justice se jugera dans les faits. Le collectif budgétaire de juillet n'était qu'un galop d'essai. Les vrais arbitrages sont pour la loi de finances de l'automne prochain.

A gauche, certains défendent que la rigueur ne saurait être de gauche. Accoler le qualificatif de « juste » à une opération générale d'économie et d'imposition supplémentaire pour effacer l'ardoise de la crise et de la droite au pouvoir est une manoeuvre délicate. Il faut pourtant faire le tri dans les arguments.

Le Front de gauche n'a pas souhaité voter la confiance au gouvernement Ayrault, mardi 3 juillet, à l'Assemblée nationale. Pendant la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon ne défendait pas d'autres positions que celle-là: l'austérité est une impasse (Cf. les Economistes Atterrés). Elle précarise les peuples, ruine la consommation, affaiblit les entreprises, affecte l'économie. La Grèce connaît ce cercle vicieux mais l'alternative fait peine à voir: politiquement, elle a pour l'instant échoué. En France, le Front de Gauche, partenaire loyal pour débouter Nicolas Sarkozy hors du pouvoir, n'est pas parvenu à rassembler suffisamment pour faire contre-poids au parti socialiste. Ce sera donc le programme de François Hollande qui s'appliquera. Et justement, celui-là promettait le rétablissement des finances publiques. Nul reniement donc, même si la nouvelle d'une rigueur générale fait évidemment mal à entendre.

Pourquoi faudrait-il respecter ce 3% de déficit maastrichien ?
  
Michel Soudais, pour Politis, évoque une « malédiction socialiste ». A l'instar de Lionel Jospin qui en 1997 avait adoubé le Traité de Dublin qu'il condamnait pendant la campagne, François Hollande aurait accepté le Pacte « Merkozy » qu'il fustigeait voici quelques mois. Pourquoi viser ce 3% de déficit ? La Cour des Comptes fournit une réponse, comme d'autres: la dette publique française dépasse les 1.720 milliards d'euros. D'ailleurs, il faut souligner ce paradoxe: réduire les déficits fait l'objet d'un immense consensus en France.
En effet, à y regarder de plus près, lesdésaccords portent davantage sur les modalités que sur le fond. La« critique de gauche » croit en une relance quasi-keynésienne, lecamp ultra-libéral prône la réduction des dépenses sociales. Nicolas Sarkozy suivait une politique de l'offre: épargner les entreprises et les actionnaires, et réduire par petites touches le périmètre de l'Etat-providence. D'un point de vue libéral, il a agi trop tard et trop peu. Surtout, ses coups contre la consommation peuvent paraître aberrants dans un pays où cette dernière est le moteur principal de la croissance du PIB.

Le collectif Roosevelt2012 prône un changement de direction. Lancé par l'économiste Pierre Larrouturou, il a rassemblé plus de 76.000 signatures de soutiens sur des propositions simples. Pour le collectif, la dette n'est pas le problème majeur des Etats. La vraie question est d'en abaisser le coût du financement. La première proposition est de « diminuer très fortement les taux d'intérêt sur la vieille dette ». Il évoque d'autres pistes, mais certaines, les plus capitales, nécessitent un consensus européen bien plus fort qu'il n'existe aujourd'hui: une union bancaire, politique et économique pour mutualiser nos emprunts et une mise au pas de la BCE: créer un impôt européen sur les bénéfices des entreprises, négocier un traité de l'Europe sociale, ou changer les institutions européennes.

A suivre: la rigueur juste ? Comment ? 

Publié dans Politique

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