Braconnage sur les terres du FN Brigitte Barèges, l'UMP qui dépasse les bornes

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

«Effectivement, c'est au-delà des limites.» Christian Vanneste, l'un des porte-drapeaux de la liberté d'expression et membre du très droitier collectif de la Droite populaire le reconnaît lui-même: sa collègue Brigitte Barèges a eu «une comparaison un peu excessive».

Mercredi, lors de l'examen en commission des lois de l'Assemblée nationale d'une proposition de loi socialiste pour «ouvrir le mariage aux couples de même sexe», la députée et maire UMP de Montauban (Tarn-et-Garonne) a lâché: «Et pourquoi pas des unions avec des animaux? Ou la polygamie?»

 

 

Cette sortie lui permet d'intégrer le club des élus UMP qui dépassent les bornes: les Christian Vanneste qui qualifient l'homosexualité d'«inférieure», les Chantal Brunel qui veulent remettre les immigrés «dans les bateaux», les Eric Ciotti quiproposent de mettre en prison les parents de délinquants, les Claude Goasguen qui veulent «limiter» la binationalité en créant un «registre»spécifique, les Jacques Myard qui comparent homosexualité et zoophilie (voir la vidéo ci-contre) et assimilent l'homosexualité à une «perversion sexuelle», ou encore les Claude Guéant qui pensent que l'augmentation du nombre de musulmans en France «pos(e) problème».

 

Brigitte Barèges nous a également refait vivre les grandes heures des débats sur le Pacs (Pacte civil de solidarité), en 1998. Non pas les larmes de Christine Boutin à l'Assemblée nationale (voir la vidéo ici), mais le florilège de déclarations homophobes des députés de droite qui avaient accompagné l'examen du projet: la proposition de Dominique Dord (l'actuel trésortier de l'UMP, alors député de Démocratie libérale) de signer le Pacs dans «les services vétérinaires»; l'interrogation de François Vannson, député des Vosges («Pourquoi pas avec des animaux de compagnie?»); ou encore la remarque de Jacques Myard, élu des Yvelines («Il y a des zoophiles, aussi...»).

Mercredi, la députée de Montauban n'a d'ailleurs pas dit autre chose que les leaders des groupuscules d'extrême droite. «Demain si ça continue comme ça on va nous faire croire que des hommes peuvent se marier avec des chiens et des femmes avec des arbres», avait déclaré Franck Abed, membre de Génération FA8 (catholiques intégristes), lors d'un rassemblement, en novembre 2009.

Ironie de l'histoire, Brigitte Barèges était, en 2004, rapporteur du texteréprimant les injures homophobes et sexistes. Il y a quelques jours, elle soutenait l'appel contre le sexisme lancé après l'affaire DSK. La députée aurait-elle malencontreusement dérapé mercredi? Dans un communiquépublié le soir même, elle reconnaît des propos «maladroits» mais réfute leur «caractère homophobe». Elle se défend en invoquant un«raisonnement par l'absurde» et une phrase «prononcée dans un contexte de dérision».  

Le 9 mai, elle avait fait l'apologie de la liberté d'expression en défendant Laurent Wauquiez, parti en croisade contre «l'assistanat» «cancer de la sociét黫Le politiquement correct nous fait du tort», a-t-elle dit. Pour Sylvia Pinel, députée (du parti radical) dans la circonscription voisine, «une élue de cette expérience là, avocate de formation, connaît le poids de mots, surtout en commission à l'assemblée, où des comptes-rendus sont rédigés. Mais elle est toujours dans la polémique, surtout localement!».

«Elle est dans la droite ligne de la Droite populaire (Ndlr: l'aile droitière de l'UMP, avec Thierry Mariani, Christian Vanneste, Jacques Myard, Lionnel Luca, etc.), qui tient des positions très dures sur la sécurité, les étrangers, les homosexuels», ajoute la députée radicale, citant l'extension de la déchéance de la nationalité et les tests ADN.

 

Croisade contre les mariages blancs

A l'Assemblée, Brigitte Barèges cosigne régulièrement des propositions de loi émanant de l'aile droite de l'UMP (voir sa fiche de députée): cellede Christian Vanneste réclamant la déchéance de la nationalité pour les criminels, celle de Chantal Brunel visant à réprimer les situations de polygamie, celle d'Yves Nicolin souhaitant rendre obligatoire la castration chimique pour les coupables d'agressions sexuelles sur mineur de 15 ans, celle de Thierry Mariani visant à établir la reconnaissance par la France des souffrances subies par les citoyens français d'Algérie, ou encore celle de Lionnel Luca visant à la mise en place d'un service à la Nation pour les jeunes Français. L'un de ses chevaux de bataille: la lutte contre les mariages blancs. Une croisade qu'il l'a amenée à commettre la semaine dernière une faute passible de poursuites judiciaires.

Soupçonnant un mariage blanc entre une Française et un Marocain, la maire de Montauban a ainsi réalisé une audition du couple (ce que la loi lui permet) et alerté le procureur en signalant des incohérences dans les versions des conditions de leur rencontre et en invoquant le statut irrégulier du futur époux. Le procureur ne constate aucune anormalité et donne son feu vert au mariage le 19 mai. «Le compte-rendu de la mairie était mensonger. C'est une affaire hallucinante», rapporte à Mediapart une source du Syndicat de la magistrature. «Le futur marié était en situation régulière depuis mars, son arrêté de reconduite à la frontière ayant été annulé.»

Deux jours plus tard, Brigitte Barèges invoque «des éléments nouveaux»et décide unilatéralement de ne pas célébrer le mariage. Une décision en violation de l'avis du procureur qui constitue une «voie de fait» et qui devrait la mener devant le tribunal administratif. Plus grave: les futurs mariés, n'ayant pas été avertis, sont arrivés à la mairie le samedi pour le mariage. L'épouse dit se sentir «humiliée». Réponse de l'officier d'état civil: «C'est comme ça quand on se met avec un Arabe.» Le soir, elle fera une tentative de suicide qui la conduira à l'hôpital.

Politique sécuritaire, chasse à l'assistanat: dans son fief de Montauban, Brigitte Barèges propose un cocktail explosif mêlant les idées de la Droite populaire à celles de la Droite sociale de Laurent Wauquiez. «Elle épouse tout ce qui est à la mode! Un jour on la voit avec la Droite populaire, un jour elle s'affiche avec la Droite sociale», ironise Claude Mouchard, leader de l'opposition socialiste à Montauban et conseiller général.

«Localement, elle essaye de passer la main dans le dos du Front national», estime-t-il. C'est d'ailleurs en surfant sur l'insécurité et en profitant de l'embrasement d'un quartier sensible de la ville, en 2001, qu'elle a pris la ville aux socialistes, au pouvoir depuis 36 ans. A l'époque,L'Express la décrit, dans son dossier sur le «système Barèges» comme une maire aux «méthodes d'un bon petit soldat de Nicolas Sarkozy». En 2008, sa victoire à quelques voix près a été vivement contestée. «Brigitte Barèges est élue après que Claude Mouchard a été déclaré vainqueur...», ironisait en titre La Dépêche du Midi.

Ancien adjoint en charge de la police municipale et bras droit de Brigitte Barèges, Pierre Poma a claqué la porte en 2008 à la suite de «désaccords» avec ses méthodes. Il évoque ses «comportements agressifs et violents», des «propos déplacés en privé», une «manière directive de fonctionner»«un autoritarisme au pouvoir», et décrit une élue «en bagarre permanente avec tout le monde: les préfets, les présidents des conseils général et régional».

 

«Cabinet noir» et «fichage» ?

Cet artisan de la politique de sécurité de la maire de Montauban (56.000 habitants) déplore que «la police municipale, mise en place en 2001, ne fasse plus de prévention mais que de la répression: verbalisation de la mendicité, des jeunes qui font du bruit avec les mobylettes, PV anti-stationnement». La vidéosurveillance mise sur pied (une douzaine de caméras dans le centre en 2001) a quant à elle fait un bond (une trentaine aujourd'hui). 

«On a une droite dure à Montauban qui gouverne à coups de pressions et d'intimidations, dénonce Claude Mouchard. Brigitte Barèges est capable de tout, elle invective constamment l'opposition, elle va chercher les gens sur leur vie privée. Son dérapage de mercredi ne me surprend pas!»

La spécialité du maire? Le «fichage», selon ses détracteurs. «J'ai des fichiers sur tous les élus de l'opposition, alors tenez-vous à carreau!», aurait-elle lancé à l'élue de gauche Marie-Claude Bouyssi. Ce que confirme Pierre Poma: «Elle a un cabinet noir, un réseau de quelques amis peu crédibles qui lui apporte des renseignements sur des gens qu'elle n'aime pas.»

Dernière trouvaille en date, «ficher les familles bénéficiaires des aides sociales de la mairie et des associations», selon Claude Mouchard. Le but? «Les montrer du doigt et alimenter ses discours.» «On perd le sens des droits et surtout des devoirs», expliquait récemment la députée en soutenant les mesures chocs de Laurent Wauquiez pour lutter contre«l'assistanat». «Elle est dans la ligne “il y a trop d'assistés”», résume Claude Mouchard, qui compte alerter la Direction de solidarité départementale et saisir, si nécessaire, la CNIL.

La députée mettrait également la pression sur les associations qui bénéficient de subventions municipales. «Son directeur de cabinet a reçu les associations pour leur dire de mettre le nouveau logo de la mairie sur tout ce qu'elles produisaient, sinon les subventions seraient supprimées», explique Claude Mouchard. Il y a deux ans, le Secours populaire a vu sa subvention réduite de 50%, cette année elle avait carrément disparu!»

Mercredi soir, les propos de la maire de Montauban ont en tout cas déclenché de vives réactions à gauche mais aussi dans les associations de défense de droits des homosexuels. GayLib, associé l'UMP, a menacé de se mettre en retrait du parti présidentiel. «On est effondrés par la teneur de ces propos et on est étonnés car on connaît bien Brigitte Barèges et on a toujours cru qu’elle nous était favorable», a expliqué Dominique De Souza Pinto, sa vice-présidente.

Dans un communiqué laconique, Jean-François Copé a condamné «ces propos inacceptables (qui) ne sont évidemment en rien le reflet d’une quelconque position de l’UMP» et a «(pris) acte» des excuses de la députée. Pour autant, aucune sanction n'a été prise, à la différence de l'épisode des cantonales de mars 2011, où Josiane Plataret, candidate suppléante UMP en Ardèche, avait été suspendue après des commentaires racistes sur les Arabes et les musulmans diffusés sur sa page Facebook.  

Publié dans UMP

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