Borloo prêt à retourner sa veste ?

Publié le par DA Estérel 83

Le Point

 

 

Le patron du Parti radical n'est plus si pressé de bâtir une confédération de partis de centre droit, comme il l'a confié lors d'un dîner.

Borloo prêt à retourner sa veste ?

De l'avis général, Jean-Louis Borloo avait réussi un coup de maître en prenant la tête d'un groupe de 29 députés de centre droit à l'Assemblée. D'ailleurs, il ne voulait pas en rester là. "L'Union des démocrates et indépendants" (UDI) donnerait naissance, prochainement, à un parti politique, ou en tout cas à une alliance de partis, promettait-il. "Nos députés se sont réunis pour gagner en puissance au Parlement. Mais cela ne s'arrête pas là : ils se réunissent également pour recréer une force au centre droit, commeValéry Giscard d'Estaing l'a fait il y a trente ans", expliquait-il, le 25 juin, au  Figaro. Et d'ajouter, plein d'enthousiasme à l'idée d'être celui qui allait ressusciter l'UDF : "Les grandes familles politiques, comme les grands clubs de football, ne meurent jamais !"

Mais c'était il y a dix jours. "Une éternité pour des centristes", s'amuse un membre de l'entourage de l'ancien premier-ministrable. Depuis, Jean-Louis Borloo, qui semble être en grande confiance - "UMP et UDI sont deux groupes d'opposition d'importance politique équivalente", martèle-t-il, alors que l'UMP compte encore, malgré sa défaite, plus de 250 députés -, a manifestement changé de point de vue. "Une confédération ? (...) Ce n'est pas ma priorité", a-t-il confié à quelques journalistes, après avoir répondu aux questions de l'Assemblée des journalistes parlementaires, mercredi. Si elle a le don d'en agacer certains, cette confidence ne surprend "malheureusement" pas dans son entourage.

Borloo avait déjà fait la même, la veille au soir, lors d'un dîner, à ses trois soutiens du Nouveau CentreJean-Christophe Lagarde,François Sauvadet et Maurice Leroy, leur expliquant, en substance : "Je suis président d'un parti unique (le Parti radical, NDLR), je n'ai pas besoin d'aller me mettre dans une confédération..." Un proche de Borloo ajoute un élément d'explication : si l'ancien ministre de l'Écologie choisit de ne plus tenter d'entraîner son parti centenaire dans une (nouvelle) alliance, "cela lui évitera, accessoirement, d'avoir à soumettre ce choix à ses adhérents". Des adhérents radicaux à qui il a déjà fait quitter l'UMP il y a un peu plus d'un an, avant de leur faire voter la création de l'Ares (Alliance républicaine écologiste et sociale), première version de la confédération de centre droit, déjà renvoyée aux oubliettes de la vie politique.

Morin prend sa revanche

"Autant dire que ça a jeté un froid", s'amuse un radical, à qui l'on a rapporté la scène du dîner. Lagarde, en particulier, vise officieusement le secrétariat général de la future confédération et espère donc vivement qu'elle verra le jour. Et les trois convives, ennemis jurés de Hervé Morin, savent bien que le président de leur parti - qui, à défaut d'avoir lui-même suffisamment de députés, a été contraint de rejoindre le groupe créé par Borloo - ne dissoudra jamais sa propre structure, sur laquelle il compte bien garder la main. 

Et si en début de semaine, Morin faisait mine d'être prêt à aller plus loin qu'une confédération de partis - en clair, un parti unique - dans une interview au quotidien  20 minutes, sa sortie ressemblait à s'y méprendre à un piège tendu à ses "amis" centristes, puisqu'il se donne le beau rôle en laissant entendre que celui qui pourrait aller à l'encontre de la réunification des centres ne serait pas lui, mais... Jean-Louis Borloo. "Je pense que les structures confédérales engendrent vite de nouvelles chapelles. Je pense qu'il faut qu'on laisse de côté nos ego, qu'on accepte de rentrer dans la même maison", proposait ainsi dans un premier temps celui qui a pourtant cofondé l'Ares. Avant de préciser, innocemment : "Je ne suis pas certain, même si c'est mon souhait, que tous les partis, et notamment le Parti radical, qui est centenaire, soit prêts à se fondre dans une seule formation politique." 

Borloo hésite déjà pour 2017

Si Borloo, qui n'a que peu apprécié cette interview, se présente déjà sans ambiguïté comme le chef de file de "la famille modérée, républicaine, courtoise", comme il l'appelle, il paraît donc nettement moins tenté par l'aventure confédérale. Confortablement installé à la tête du Parti radical, il s'occupe de briller à l'Assemblée nationale (avec son "réquisitoire" post-discours de politique générale, mardi, très remarqué) ou dans la presse. Mais ce changement d'avis, pour ceux qui le poussent (toujours) à jeter les bases d'une alliance, pose notamment un problème pour 2017. "Tout ça ne sera résolu que le jour où cet espace central aura un candidat à la présidentielle", estime, l'air las, un habitué de la Place de Valois. "Imaginez qu'il nous lâche pour la mairie de Paris ou autre chose !" s'est même inquiétée une proche de Borloo, qui ne souhaite pas qu'il s'isole. Sans structure unique, sans candidat incontesté, le centre droit risquerait d'être, comme en 2012, quasi inexistant dans la campagne. 

Ses petites phrases en faveur d'une primaire ouverte de la droite et du centre pour la présidentielle de 2017 sont, bien qu'ambiguës, loin de réjouir ses camarades de l'UDI. Selon certains d'entre eux, accepter de participer à une primaire avec les candidats de l'UMP est le moyen le plus sûr de ne pas avoir de candidat à la présidentielle. Pour Borloo - qui continue de regretter que Nicolas Sarkozy n'ait pas donné un "virage social" à son mandat en le nommant à Matignon - cela peut être en revanche l'occasion de négocier quelque chose, murmure-t-on. "Cela sera probablement une primaire citoyenne, donc du centre et de la droite. À moins qu'il y ait deux primaires, une au centre et une à droite", a-t-il expliqué, dans l'une de ses réponses sibyllines, mercredi. Avant de préciser que si en 2017, "on a unFN et un PS aussi puissants, on peut penser qu'on ira vers une primaire citoyenne".

Vendredi matin, Jean-Louis Borloo a donné une nouvelle interview, à Direct Matin. Toujours difficile à suivre, il explique d'abord, en leader assumé : "Cette famille de centre droit, je veux la reconstruire." Puis, à la question "Le centre peut-il redevenir autre chose qu'une force d'appoint ?", il répond : "Ce sont les meilleures équipes qui gagnent. L'important est d'avoir créé une dynamique, car, à regarder le début du quinquennat, j'ai l'impression que nous sommes la force d'opposition et de proposition, y compris à l'Assemblée. Le centre droit modéré que je représente doit être leader dans sa famille politique." Comprenne qui pourra. 


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