Bayrou ou l'impossibilité d'un centre

Publié le par DA Estérel 83

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Cruelle ironie du sort que ces législatives pour François Bayrou. Par le nouveau revers qu’il vient d’essuyer, le défenseur devant l’éternel d’un centre indépendant vient d’en démontrer l’impossibilité et la virtualité. Avec 23,63 % des suffrages dans sa circonscription, François Bayrou termine juste devant le candidat UMP, Eric Saubatte (21,72 %), qui peut et veut se maintenir, et bien loin derrière la socialiste Nathalie Chabanne qui totalise 34,9 % des voix. « Des résultats difficiles », a commenté le centriste de son QG à Pau, qui s’attend à « un deuxième tour ardu ». Il est contraint au pire scénario, une triangulaire, et l'UMP est déterminée à ne pas faire de cadeau à celui qui a déclaré voter François Hollande au second tour de la présidentielle.

François Bayrou.François Bayrou.

Son voisin, Jean Lassalle, dans la 4ecirconscription des Pyrénées-Atlantiques, est en ballottage tout aussi défavorable. Avec 26,28 % des voix, il est qualifié, mais derrière le candidat socialiste, François Maïtia, qui a recueilli 31,99 % des voix dans une circonscription où Hollande l’a emporté avec près de 60 % des voix. Quant au troisième député MoDem, Abdoulatifou Aly, dans la 1re circonscription de Mayotte, il est éliminé, signant l’un des pires scores du parti, avec 0,82 % des voix!

Au-delà des déconvenues des trois élus, c’est tout le MoDem qui rate ces élections, avec au niveau national 1,7 % des voix. L’espoir du parti repose sur un candidat à la notoriété toute relative, Thierry Robert, maire de Saint-Leu, seul candidat quasi certain de l’emporter la semaine prochaine en étant arrivé en tête (37,81 %) dans la 7e circonscription de la Réunion.

« La faible participation à ces élections est un problème. La bipolarisation a marché à plein tube, c’est flagrant », analyse Marc Fesneau, secrétaire général du MoDem. Mais c’est peut-être aussi une situation propre à cette présidentielle qui a causé du tort à François Bayrou. « Les raisons de ce résultat sont très claires : une partie importante de mon électorat traditionnel n’a pas compris ni accepté ma décision de voter pour François Hollande au second tour de la présidentielle », a déclaré le candidat ce dimanche soir.

En votant pour un candidat PS, François Bayrou, issu de l’UDF, a rompu avec l’histoire du centre, qui s’est toujours bâti avec la droite plutôt qu'avec la gauche. Il a voulu démontrer qu’une« majorité centrale » était possible, en sortant du clivage gauche-droite quand « l’honneur » d’un pays en dépendait.

« Je vois combien il est difficile d’ouvrir des voies nouvelles, de tendre la main et de choisir le dépassement et la réconciliation, a noté Bayrou. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’on doit renoncer. Ce deuxième tour sera une rude bataille mais nous allons livrer cette bataille sans rien lâcher parce que nous savons son enjeu. L’enjeu, c’est qu’il y ait à l’Assemblée nationale des voix libres, des votes libres. Il faut des députés qui prennent le risque de penser autrement. »

Mais ses proches n’y croient plus. Pour certains, le centre indépendant n'est plus qu'un concept mort. En tout cas, pour l’instant, c’est ainsi qu’ils voient les choses, manifestement épuisés de répéter un message inaudible. « Aujourd'hui, au MoDem, nous devons atterrir. Nous ne pouvons plus rester comme des commentateurs extérieurs ou comme des prophètes de malheur ! Pourquoi ne pas étudier avec le PS l'hypothèse pour François Hollande d'élargir sa base, par exemple en nous proposant des commissariats ou hauts-commissariats sur des thématiques sur lesquelles nous pourrions apporter notre pragmatisme sans pour autant être assimilés ? » s'interroge l’un des vice-présidents du parti, l’eurodéputé Robert Rochefort dans Le Figaro.

Christophe Madrolle, secrétaire général adjoint, estime qu’« on ne peut pas continuer à se voiler la face ». Et la question qui était balayée avec mépris à l’université de rentrée du MoDem en septembre dernier resurgit et s'impose : « Nous avons essayé l'autonomie. Malheureusement, aujourd'hui, nous voyons bien que le MoDem ne peut survivre qu'avec des alliances », plaide Madrolle, favorable, « à titre personnel, à une alliance contractuelle et vigilante ».

Avis partagé par de nombreux cadres départementaux (lire l’article de Mediapart), et suggéré entre les lignes par Marc Fesneau :« Pour nous, c’est un échec, on ne va pas se mentir. Il va falloir réfléchir et tirer les conséquences de tout ça. Sans doute faut-il qu’on réexplique quel est cet espace qu’on essaie de créer. »

Beaucoup de reproches ont été faits à Bayrou : personnalisation du parti à l’extrême, travail de terrain insuffisant, centralisation des décisions. Certes, l’échec du MoDem − à cette élection comme à toutes les élections depuis 2007 − est imputable au parti lui-même et à son leader.

Mais il révèle aussi que l’inversion du calendrier électoral et l’absence de proportionnelle − couplées à une abstention souvent forte aux législatives et cette fois record − rendent difficile, sinon impossible, l’émergence de forces politiques autres que les« PPP », les « partis provisoirement principaux », dixit Bayrou, soit le PS et l’UMP. De fait, comment croire qu’un centre indépendant peut exister, quand même les différentes formations centristes sous perfusion ou satellites de l’UMP ne tirent pas plus leur épingle du jeu?

En témoignent les résultats à ces législatives : 1,24 % pour le Parti radical et 2,2 % pour le Nouveau centre au niveau national. Si Hervé Morin, numéro un du Nouveau Centre, est assuré de sa réélection dans l’Eure et si son bras droit Philippe Vigier a été réélu dès le premier tour, il paraît impossible que les 24 sortants soient réélus, malgré le pacte de non-agression passé entre Morin et Copé, voulant qu’aucun candidat UMP ne soit investi face à un sortant néo-centriste.

François Sauvadet (4e circonscription de Côte d’Or), Maurice Leroy (3e de Loire-et-Cher) et Jean-Christophe Lagarde (5e de Seine-Saint-Denis), André Santini (10e des Hauts-de-Seine), François Rochebloine (3e de la Loire) et Nicolas Perruchot (1re du Loir-et-Cher) peuvent être réélus, ils ne viendront pas grossir les rangs d’un groupe Nouveau centre à l’Assemblée, puisqu’ils ont décidé de prendre la tangente et de se rapprocher de Borloo et des radicaux.

Ces derniers ne sont pas forcément en meilleure forme. A l'image de leur chef. Jean-Louis Borloo, élu dès le premier tour en 2007 dans son fief de Valenciennes, devra attendre le second cette année. Il est en ballottage favorable dans la 21e du Nord.

Mais que dire de la vice-présidente du parti, l’ex-icône de la diversité sous Sarkozy, Rama Yade, censée faire tomber l'UMP Manuel Aeschlimann dans la 2e circonscription des Hauts-de-Seine ? Elle est éliminée dès le premier tour, au profit du socialiste Sébastien Pietrasanta, maire d’Asnières. Laurent Hénart (34,42 %), lui, est en ballottage défavorable dans la 1re de Meurthe-et-Moselle, et pourrait être battu par la socialiste Chaynesse Khirouni. Comme au Nouveau centre, il est difficile d’imaginer que les 21 sortants radicaux vont être réélus. Jusqu'alors peu audible, le centre est aujourd'hui en passe de devenir invisible.

Publié dans Politique

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Wilfrid 11/06/2012 18:09

Le deuxième tour des élections s'annonce difficile mais François Bayrou a toutes ses chances et reste une figure politique indispensable en France