Avis de fermeture

Publié le par DA Estérel 83

Sarkofrance-S2  Coulisses de Sarkofrance

 

 

Le Monde a toujours notre quotidien familial, de générations en générations depuis sa création en 1944. J’ai ajouté Libération, en 2004. Mais nous avons conservé cet attachement familial malgré les vicissitudes de ce journal.

Dans le Monde, chacun des décès de notre famille – car il y en a eu un peu comme dans toute famille – a été signalé et publié.

Hier, 18 juin, un journaliste du Monde, Alexandre Léchenet, s’est inquiété de l’annonce de la fermeture de Sarkofrance. J’ai vu cela comme un clin d’oeil du sort, la publication d’un avis de décès.

 

 

LeMondePolitique

"Je m'étais promis que mon blog durerait tant que Sarkozy serait président"

Des affiches de la campagne officielle pour l'élection présidentielle à Paris, le 4 mai 2007.

 

Juan, blogueur militant, a annoncé au soir du second tour des législatives la fermeture du site Sarkofrance, qu'il avait lancé le 6 mai 2007 et sur lequel il postait un billet quotidien contre Nicolas Sarkozy. "François Hollande peut gouverner, Sarkofrance n'est plus", a-t-il justifié.

Quelle est la genèse de Sarkofrance ? Quels en sont les moments marquants ?

J'ai créé le blog "Sarkofrance" le 6 mai 2007 dans la soirée. Je m'étais promis qu'il devrait durer tant que Nicolas Sarkozy serait président. L'objectif était d'exprimerma déception du moment, de mettre par écrit ce que M. Sarkozy faisait. Il s'agissait d'une réaction instinctive liée à Nicolas Sarkozy lui-même. Sa façon d'invectiver l'adversaire et de cliver le pays a suscité en moi une rage et un besoin d'écrire. Surtout qu'à l'époque, j'avais le sentiment que les médias ne faisaient pas correctement leur travail. Il y avait un bruit ambiant très favorable à Nicolas Sarkozy. Je ne m'y retrouvais pas.

Petit à petit, l'activité du blog a évolué, il est devenu plus construit, avec un billet quotidien et une chronique de la semaine. Alors que la première année était une erreur, l'écriture s'est améliorée, j'ai ouvert de nouveaux blogs. Ce que je retiens de "Sarkofrance", c'est le billet sur le discours de Grenoble et celui sur le discours prononcé lorsqu'il a été nommé chanoine de Latran. J'avais également comparé dans un billet Nicolas Sarkozy et Barack Obama après la victoire de celui-ci, et le billet avait très bien fonctionné.

Mais le billet le plus important a été celui du 7 mai 2012.

Qu'est-ce que "la Sarkofrance" ? La fermeture du blog veut-elle dire que cette "parenthèse sarkozienne" est terminée ?

La "Sarkofrance", au départ, c'était ce que faisait et disait Nicolas Sarkozy. Au fil des années, c'est devenu un ensemble de comportements et d'attitudes le caractérisant, lui ainsi que ses proches : des charges très violentes contre l'adversaire et un pragmatisme total, notamment face à la droitisation.

La défaite des législatives, qui est un troisième tour, devrait encourager ces gens-là à se reposer la question de leurs valeurs. Les membres de la "Sarkofrance" ont payé l'addition jusqu'au bout. Beaucoup à droite ont envie de reconstruire la droite dans une veine républicaine. Il faudra reconstruire un centre droit s'ils ne veulent pas se faire manger par Marine Le Pen. J'espère que la parenthèse sarkozienne est terminée.

Arrêter maintenant après l'élection de François Hollande, n'est-ce pas lui laisser les mains libres ? Quelle va être l'action des blogueurs de gauche maintenant ?

Mon blog, je l'ai conçu comme un outil de production d'arguments pour ceux et celles qui le souhaitaient. Je voulais fournir des arguments à l'anti-sarkozysme pour donner un autre angle à ce qui se déroulait sous nos yeux. Nicolas Sarkozy avait une méthode d'agression pas toujours argumentée, qui tendait la corde et donnait envie de réagir. Je vais peut-être bloguer sous un autre nom, mais Sarkofrance est terminé.

 La "gauchosphère" avait une démarche collective. Les blogueurs qui la composaient étaient très divers et ils ne se sont rassemblés que très progressivement autour de François Hollande. L'anti-sarkozysme restait le ciment commun. Il est très probable que certains blogueurs taperont sur M. Hollande dès qu'il aura un mot de travers. On s'était mis en réserve de critiques trop fortes jusqu'au second tour des élections législatives, car il ne faut pas jouer contre son camp. Il y a un moment pour la critique et un moment pour la conquête. Les dissensions reviendront, les critiques aussi.

Propos recueillis par Alexandre Léchenet


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