Avant l'épreuve sur l'Afghanistan, Obama a forgé son alliance avec Hollande

Publié le par DA Estérel 83

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En quittant Camp David pour Chicago hier soir, les représentants du G8 n'avaient pas tous la même mine. Au scepticisme troublant de la presse française s'oppose la clarté de la presse américaine ce matin. Car vu d'ici, es lignes ont considérablement bougé au cours des deux journées consacrées à la situation économique du monde.


Avant l'épreuve sur l'Afghanistan, Obama a forgé son alliance avec Hollande
Alors que la rencontre du 9 mai entre le tout juste élu François Hollande et la Chancelière allemande Angela Merkel avait donné le sentiment d'une certaine détente entre les deux pays, l'épreuve de Camp David a révélé un tout autre visage de Berlin. Il est désormais clair que l'Allemagne ne s'attendait pas plus que l'Angleterre de David Cameron à la forte convergence qui a scellé l'entente entre Barack Obama et le président français. « L'argument d'Obama pour des mesures de relance supplémentaires en dehors de se serrer la ceinture est principalement destiné à l'Allemagne, le plus fort des Etats membres qui utilisent la monnaie Euro commune, même si Obama ne le dit pas. La chancelière allemande Angela Merkel était assise à quelques places loin d'Obama lors de la table ronde » souligne ce dimanche matin Business Week pour expliquer son isolement désormais. « Les dirigeants des puissances économiques du monde ont dit à l'Allemagne qu'elle devrait équilibrer a demande d'austérité budgétaire européenne avec des dépenses de relance dosées afin d'éviter une calamité financière avec des répercussions mondiales» commente l'hebdomadaire. De manière plus appuyée encore, le Boston Globe estime qu'Hollande, « une nouvelle voix à la table et seulement dans sa première semaine de pouvoir, a rappelé à Obama ses propres responsabilités de travailler à développer l'économie », même si il est dans une période électorale et qu'il a un Congrès qui n'est pas forcément facile à gérer. » 

CAMERON SAUVE LA FACE, SE RESERVE POUR CHICAGO 

La détente affichée par David Cameron dans ce contexte pouvait apparaître quelque peu mystérieuse dans la soirée. Mais en réalité, elle tient à quelques lignes qu'il a imposé dans les déclarations finales du Sommet du G8 et qui lui permette de sauver la face sans avoir été au clash direct avec François Hollande tant qu'ils étaient à Camp David. En effet, on a appris de source proche d'Obama cette nuit que le président américain s'est entretenu à plusieurs reprises avec son allié britannique pour l'inviter à faire montre de plus d'ouverture et à ne pas s'engager dans un départ calamiteux avec la France. Il lui a rappelé, également, que l'intérêt des Allemands n'étaient pas forcément les mêmes que ceux de la Grande Bretagne dans la situation actuelle. US News écrit ainsi ce matin qu'à travers « leur point de vue unifié, les dirigeants ont concédé quelques points à Merkel sur sa volonté d'austérité, en epliquant que les déficits budgétaires doivent être résorbés. Mais leur déclaration conjointe a ajouté que les coupes budgétaires devraient "prendre en compte la situation respective de chaque pays et ses conditions économiques." Cela suggère une volonté de laisser les pays endettés prendre plus de temps pour réduire leurs déficits conformément aux règles de la zone euro afin de réduire l'impact mortifère de coupes sur l'économie. » Une formulation qui permet une fois de plus au Royaume-Uni et à son Premier ministre de naviguer selon leurs intérêts sans avoir à subir une doctrine dont ils ne veulent pas.

LE RETOUR INATTENDU D'OBAMA VERS L'EUROPE

Avant l'épreuve sur l'Afghanistan, Obama a forgé son alliance avec Hollande
L'ancien éditorialiste du New York Times et également ancien conseiller spécial à la Maison Blanche Leslie H.Gelb écrit ce matin dans The Daily Beast un article remarquable de par sa hauteur de vue: « « Il y a un dieu pour la politique étrangère » explique t-il. « Et c'est lui qui doit mériter des remerciements pour avoir arrêté les incantations de l'administration Obama au sujet d'un "pivotement" (américain) de l'Europe vers l'Asie. (...) Ce n'est pas que l'équipe d'Obama a changé ses plans pour déplacer des ressources de sécurité d'une Europe non menacée vers une Asie à l'avenir incertain Asie, bien sûr que cela doit être fait. » Mais le spécialiste souligne avec acuité que « c'est du simple bon sens que de voir que l'Europe Plus (sic) (la majeure partie des pays du G8 et les membres de l'OTAN) est le groupe de nations qui partagent le plus étroitement les valeurs et les intérêts américains. Il n'est pas besoin d'être un génie pour voir que ces valeurs et ces intérêts ne sont pas largement partagés ailleurs, ou du moins que les autres nations ne sont pas aussi prêtes que le groupe Europe Plus d'agir sur ces intérêts et valeurs. Si les Etats-Unis devaient être en difficulté ou avaient besoin d'aide, il est inimaginable que l'Inde, le Vietnam, l'Arabie saoudite, le Brésil, la Turquie, ou n'importe quel pays soutiennent Washington avec de l'argent et des armes. Les Etats-Unis ne peuvent compter que sur le groupe de l'Europe Plus. Quand l'Amérique a besoin d'aide militaire à l'étranger, il s'agit essentiellement de pays d'Europe de l'OTAN, du Canada et de l'Australie. Quand il s'agit de fournir une aide économique aux pays pauvres et aux nécessiteux, les Européens et le Japon sont presque toujours nos principaux partenaires. » Une position qui est de plus en plus reprise depuis quelques jours aux Etats-Unis, où le tropisme de Barack Obama vers l'Asie, depuis son arrivée à la Maison Blanche, fait de plus en plus de sceptiques. Et l'observation suivante de  Leslie H.Gelb résume très bien les raisons pour lesquelles on a pu percevoir ce samedi soir à la sortie de Camp David quelque chose de changé: « Il ne faut jamais oublier: la grande majorité des échanges et des investissements des États-Unis vient de et va vers l'Europe et le Canada, pour ne pas parler du Japon. Avec toutes les difficultés économiques de l'Europe et du Japon, le destin économique de l'Amérique au cours de la prochaine décennie et au-delà est encore plus lié à ces nations qu'à la Chine ou aux autres puissances émergentes comme l'Inde, le Brésil et la Turquie. »

UNE PRESSE FRANÇAISE PEU CLAIRVOYANTE

Avant l'épreuve sur l'Afghanistan, Obama a forgé son alliance avec Hollande
Il existe en ce dimanche 20 mai, tandis que s'ouvre maintenant le Sommet de l'OTAN à Chicago, une évidente et singulière différence de lecture de la part des médias français et de celle des médias américains. Les commentaires lus côté français dansbon nombre de journaux et entendus sur les radios et télévisions ont clairement minimisé la portée du Sommet du G8 et négligé d'en expliquer la dynamique très instructive que l'on a pu observer ici. Aux Etats-Unis, au contraire, ce G8 est tout sauf anecdotique. D'une part, les médias insistent sur le message commun que François Hollande et Barack Obama sont parvenus à faire adopter à leurs partenaires, à l'instar de l'Agence Reuters qui titre « Obama presse les alliés européens de se concentrer sur la croissance » de la même manière que NPR insiste sur le fait que « Les leaders du G8 s'accordent sur les priorités que sont la croissance à la création d'emplois. » Il y va jusqu'au Guardian qui titre sur le fait que « Les leaders du G8 concluent le Sommet par le voeu que la Grèce reste dans l'eurozone ». Le Washington Post souligne « l'émerence d'un consensus » et CNN parle de leur « engagement pour la croissance économique et la responsabilité fiscale ». MSNBC attribue les mérites à Obama en titrant que le G8 choisit « la croissance d'Obama, pas l'austérite de Merkel ». 

Voilà un mois à peine, Nicolas Sarkozy gardait le cap de l'austérité main dans la main avec Angela Merkel et s'apprêtait à venir défier les membres du G8 sur ce terrain, en appelant au passage les Etats-Unis à montrer l'exemple. Un mois plus tard, la photo a raducalement changé. Mais beaucoup semblent ne pas s'en être aperçus, à moins bien sûr que la réussite indubitable de François Hollande depuis son arrivée aux Etats-Unis ne soit un sérieux aléa de campagne qu'il convient d'ensevelir sous la désinformation au plus vite.

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