Aung San Suu Kyi à Paris : « Si vous vous respectez, n'abandonnez pas vos principes et votre combat !

Publié le par DA Estérel 83

DA-SR

 

 

 

Chères amies, chers amis,


Je me réjouis que la France ait réservé à Aung San Suu Kyi un accueil chaleureux et un protocole digne de cette femme d’Etat admirable pour la ténacité de son combat non violent au service du peuple birman.

Lors de la conférence de presse qu’ils ont tenue ensemble, le Président de la République a salué « l’irréductible » qui n’a jamais plié devant la junte militaire et en a payé le prix fort : une quinzaine d’années de réclusion forcée et d’isolement rigoureux.

Il l’a assurée que notre pays fera tout son possible, avec l’Union européenne, pour que les réformes aujourd’hui amorcées en Birmanie débouchent sur « une démocratie pleine et entière ».

Le Maire de Paris, le Ministre des Affaires étrangères, les Présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale lui ont rendu hommage.

La Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche ouvre ce 28 juin la conférence-débat qu’Aung San Suu Kyi tient à la Sorbonne devant 1.400 étudiants.

De notre pays, elle a appris la langue avec des cassettes quand elle était assignée à résidence et elle dit aimer « l’esprit révolutionnaire ».

Ces quelques jours passés à Paris sont la dernière étape d’une tournée commencée il y a une quinzaine de jours en Thaïlande et poursuivie en Europe.


Enfin libre !

 

 

Libérée en novembre 2010 mais n’ayant de passeport que depuis mai dernier, Aung San Suu Kyi est enfin libre de ses mouvements.

Partout où elle s’est rendue, elle a remercié celles et ceux qui ont soutenu sa lutte et appelé à en faire autant pour tous lesprisonniers de conscience et d’opinion aujourd’hui emprisonnés, auxquels elle a adressé ce message d’encouragement : « si vous vous respectez, n’abandonnez pas vos principes et votre combat ! ».

Partout, Aung San Suu Kyi a expliqué pourquoi elle prenait « le risque calculé » de s’engager dans le processus de démocratisation initié dans son pays : non parce qu’elle aurait une confiance aveugle dans son caractère irréversible (une régression est toujours possible et ce sont encore les militaires qui tiennent toutes les manettes) mais parce qu’un « optimisme prudent » lui paraît la meilleure façon d’avancer, dans le contexte actuel, vers cet idéal démocratique qu’elle définit comme « le pouvoir du peuple » décidant souverainement de son destin.

« Nous ne sommes, dit-elle, qu’au début du chemin » et, après tant d’années de régime dictatorial, rien ne sera facile mais tout doit être fait et bien des compromis assumés pour approfondir et consolider des réformes encore mal assurées mais porteuses d’espoir.

C’est pourquoi, à Oxford où elle a fait ses études et devant les parlementaires britanniques, elle a plaidé en ce sens et demandé,« en tant qu’amie et qu’égale », au gouvernement britannique d’apporter son aide à l’ouverture birmane.

C’est pourquoi, à Oslo où lui a enfin été remis ce Prix Nobel attribué en 1991, elle a évoqué, dans un discours « mûri depuis vingt ans mais écrit la semaine dernière », sa volonté d’œuvrer à « la réconciliation nationale » et à la reconstruction démocratique, économique et sociale de son pays.

Avec infiniment de dignité, Aung San Suu Kyi a confié ce qu’avait représenté pour elle l’attribution de cette distinction : « pendant tous ces jours où j’étais assignée à résidence, j’avais l’impression de ne plus faire partie du monde réel. Ce que le Prix Nobel a fait, c’est de me replacer dans le monde des autres êtres humains, au-delà de l’endroit isolé dans lequel je vivais ».

Son fils avait raison de dire, dans le discours qu’il prononça jadis en recevant ce Prix pour sa mère : « Parce que je suis son fils, je sais son sacrifice personnel et son engagement pour le peuple birman. Et je sais aussi qu’ils ne sont pas vains ».

Non, ces années de résistance n’ont pas été vaines.

Elles ont empêché le monde d’oublier la Birmanie en faisant d’Aung San Suu Kyi un exemple de fidélité à ses convictions, de tenue et de courage.

 

Le courage de se libérer de la peur


Aung San Suu Kyi n’a cessé d’appeler ses concitoyens à « se libérer de la peur ».

Dans son livre qui porte ce titre, préfacé par un autre dissident, Vaclav Havel, et par François Mitterrand, elle a ces mots qui valent, pour elle, ligne de conduite : « ce n'est pas le pouvoir qui corrompt mais la peur, la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l'exercent et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime » car « la peur du fléau que représente un pouvoir corrompu corrompt ceux qui sont assujettis à ce pouvoir ».

Dans sa forme la plus insidieuse, ajoute-t-elle, « la peur prend le masque du bon sens, voire de la sagesse, en condamnant comme insensés, imprudents, inefficaces ou inutiles les petits gestes quotidiens de courage qui aident à préserver respect de soi et dignité humaine » (...). Dans un système qui dénie l'existence des droits fondamentaux, la peur tend à faire partie de l'ordre des choses. Mais aucune machinerie d'Etat, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de ressurgir, encore et toujours ».


Le courage de risquer le dialogue

 

Après le courage de défier la peur, Aung San Suu Kyi a eu le courage politique de dépasser les épreuves qu’elle avait subies et de prendre le risque du dialogue dès lors que l’actuel Président du Myanmar (nom donné à la Birmanie par les militaires en 1989) a commencé à desserrer l’étau du régime militaire et à ouvrir la voie d’une possible démocratisation.

Fin de son assignation à résidence, légalisation de son parti, relâchement de la censure et libéralisation des medias, libération de plusieurs centaines de prisonniers politiques (mais il en reste encore sous les verrous), autorisation des manifestations ainsi que, pour la première fois depuis bien longtemps, organisation d’élections accueillant des observateurs internationaux (autres que ceux de la Corée du Nord…) : ces gestes du Président Thein Sein, élu en 2011, ont été jugés suffisamment significatifs et prometteurs par Aung San Suu Kyi pour qu’elle accepte de s’engager dans la brèche.

Ce n’est pas encore le « printemps birman » mais peut-être le début d’un vrai changement.

On lui a, ces derniers mois, souvent posé la question : le pouvoir birman est-il un interlocuteur crédible ? Aung San Suu Kyi répond ceci : « si vous n’accordez pas un minimum de confiance aux personnes avec lesquelles vous engagez un dialogue, mieux vaut ne pas discuter du tout. Chacun doit accorder à l’autre le bénéfice du doute ».

Elle a également coutume d’ajouter que la pratique du dialogue peut créer un cercle vertueux et que, dans l’Etat de droit pour lequel elle n’a cessé de lutter, la justice ne saurait être la vengeance. Façon de dire, aussi, que les ressentiments les plus légitimes ne doivent pas obscurcir l’exercice de la responsabilité personnelle et le service de l’intérêt général.

 

Avril 2012 : une belle victoire électorale

 

Le 1er avril dernier, lors des élections législatives partielles organisées en Birmanie, la Ligue nationale pour la démocratie a remporté une belle victoire : 43 sièges sur les 45 à pourvoir. Aung San Suu Kyi, pour la première fois, a fait son entrée à l’Assemblée nationale.

En 1991, elle avait été empêchée de se présenter à des élections à l’issue desquelles son parti avait remporté 80% des sièges. La dictature avait annulé le scrutin et, une fois encore, pourchassé les militants de la démocratie.

Cette fois-ci, si les élections n’ont pas été exemptes de manipulations ici ou là (listes électorales trafiquées, votes achetés), leur déroulement a été bien plus régulier que celui des élections de 2010, frauduleuses et sous contrainte, qu’Aung San Suu Kyi avait appelé à boycotter.

En 2012, la ferveur qui a accompagné la campagne d’Aung San Suu Kyi et notamment la mobilisation de nombreux jeunes qui ne l’avaient connue que dissidente inflexible et muselée ont montré quels espoirs le peuple de Birmanie place dans cette femme intègre et intrépide, fille du héros de l’indépendance, pour laquelle le combat pour la démocratie constituer « une seconde lutte pour l’indépendance ».

Aung San Suu Kyi a déclaré au soir de sa victoire électorale : « nous espérons que cela va être le début d’une nouvelle ère dans laquelle le rôle du peuple dans la politique au quotidien sera accentué. Ce n’est pas tant notre triomphe que le triomphe de tous ceux qui ont décidé qu’ils devaient participer au processus politique de ce pays ».

 

« Démocratie disciplinée » ou démocratisation réelle ?

 

Ces récentes élections n’ont bien sûr pas mis à bas le régime verrouillé depuis des décennies. Une quarantaine de sièges à pourvoir sur les 1.158 aux mains du parti militaire dans les deux Chambres, c’était bien peu mais peut-être un premier pas, dans la perspective du renouvellement des deux Assemblées en 2015.

Mais la Constitution adoptée en 2008 continue de garantir la domination politique de l’armée et lui réserve 25% des sièges. Sa modification, pour laquelle Aung San Suu Kyi se bat, suppose l’accord préalable de 75% des députés alors que seulement 7% viennent d’être renouvelés de manière relativement transparente.

Le Président Thein Sein se bornera-t-il à appliquer ce que la junte appelait, en 2003, sa « feuille de route pour une démocratie disciplinée » (autrement dit : très limitée et étroitement contrôlée) ou est-il animé de réelles intentions réformatrices ? Saura-t-il ou pourra-t-il s’affranchir, pour aller de l’avant, du « clan des durs » ? Il est trop tôt pour en juger.

Ce n’est pas encore la démocratie et encore moins la justice sociale qui sont sorties des urnes en avril dernier.

Mais qui aurait dit jadis que Nelson Mandela et Frederik de Klerk, après s’être tant combattus, signeraient ensemble la fin de l’apartheid et la naissance d’une « nation arc en ciel » ?

En véritable femme d’Etat, Aung San Suu Kyi a su prendre ses responsabilités malgré les nombreuses incertitudes qui demeurent.

 

La suspension des sanctions, 1ère étape vers la normalisation ?

 

Même imparfaites, les sanctions internationales ont contribué à l’isolement du régime birman. Pendant longtemps, il n’a pas semblé s’en soucier, faisant même l’apologie paranoïaque de sa fermeture au monde, comptant sur la Corée du Nord et surtout la Chine pour compenser ce que l’Europe et les Etats-Unis lui refusaient : ventes d’armes et investissements civils.

Mais le puissant voisin chinois est devenu un partenaire envahissant, menaçant l’Etat-paria d’une véritable colonisation économique.

Il semble que les plus lucides parmi les militaires gouvernant la Birmanie en soient venus à l’idée qu’il leur fallait rompre l’isolement à l’origine de cette dépendance croissante et s’orienter vers une diversification de leurs partenaires. Cela supposait des gages démocratiques, condition de la levée des sanctions (et de la présidence, en 2014, de l’ASEAN, l’association des nations du sud-est asiatique, que briguait la Birmanie et qu’elle vient d’obtenir).

Au dernier forum de Davos, rendez-vous huppé des décideurs économiques et politiques mondiaux, la délégation birmane, conduite par le Ministre de l’Industrie, adressait un message clair : les investisseurs étrangers sont les bienvenus, la démocratisation en cours doit les rassurer et ils bénéficieront de conditions extrêmement favorables (8 ans d’exemption fiscale !).

Des consultants japonais ont été engagés pour rendre le pays « plus attractif ». Le projet de construction d’un gigantesque barrage financé par les Chinois a été « suspendu », façon de montrer que la Birmanie n’est pas une dépendance de l’Empire du Milieu. Les récentes élections sont présentées comme une preuve de bonne volonté démocratique méritant réintégration dans le concert des nations.

 

La normalisation est effectivement amorcée.

 

L’Union européenne a décidé le 23 avril de suspendre (mais pas encore de lever) son arsenal de sanctions : interdiction du commerce de pierres précieuses dont la Birmanie regorge, levée du gel des avoirs et des interdictions de visa frappant les responsables birmans, à l’exception de l’embargo sur les armes.

Les Etats-Unis, pressés de damer le pion à la Chine et depuis longtemps inquiets de la coopération militaire de la Birmanie avec la Corée du Nord, ont commencé à alléger leurs restrictions et s’apprêtent à reprendre le business.

Nombre d’entreprises guignent aujourd’hui l’Eldorado birman qui s’entrouvre : c’est normal. Mais ce n’est pas à elles de dicter le rythme de la levée des sanctions, qui devra se faire étape après étape, sans donner trop vite un chèque en blanc à un régime dont la mue est loin d’être achevée.

C’est d’ailleurs ce que souhaite Aung San Suu Kyi et ce qu’elle a rappelé durant sa tournée européenne : elle approuve la décision européenne de suspension des sanctions et souscrit à leur levée ultérieure à condition qu’elle accompagne de réels progrès démocratiques.

Réintégration dans la communauté internationale et rééquilibrage du rapport de forces avec la Chine : le pouvoir birman semble avoir de solides raisons d’opter pour une démocratisation dont on ne peut toutefois préjuger si elle sera de façade ou plus profonde mais dont la chance mérite d’être saisie.

Comme l’a écrit Aung San Suu Kyi : « Nous n’avons pas encore atteint le point de la grande transformation mais nous avons une chance rare et extrêmement précieuse de l’atteindre ».

 

Des investissements économiquement bénéfiques, socialement justes et financièrement transparents ?


A Genève, devant l’Organisation internationale du travail, Aung San Suu Kyi a plaidé pour que des investissements étrangers créateurs d’emplois viennent concourir au redressement économique de son pays mais à condition qu’ils soient respectueux des droits humains, socialement justes et financièrement transparents, notamment, a-t-elle tenu à préciser, dans le secteur des industries extractives, minières et pétrolières.

En 1996, elle avait qualifié Total, très actif en Birmanie, de « premier soutien du régime militaire » et, en 2000, elle déplorait qu’à la différence d’autres compagnies pétrolières qui s’étaient retirées du pays, le groupe français ait fait le choix d’y développer ses activités en reversant chaque année à la dictature des centaines de millions d’euros (1 million d’euros par jour en 2007).

Vous vous en souvenez peut-être : en 2007, Nicolas Sarkozy avait fait mine de s’émouvoir de cette collaboration radieuse et demandé à Total de geler ses investissements, lesquels étaient pour l’essentiel… réalisés depuis belle lurette. Il avait suffi que le PDG du groupe fronce les sourcils et menace de déménager son siège au Luxembourg pour que les déclarations du Président d’alors restent, comme tant d’autres, lettre morte.

J’avais, pour ma part, défendu la proposition des opposants birmans : mettre en place un compte-séquestre où les revenus gaziers de la Birmanie auraient été placés sous surveillance internationale (comme le prévoit la Charte de l’ONU) plutôt que d’enrichir les militaires au pouvoir sans retombées pour le peuple birman ; ces revenus auraient été débloqués seulement en cas de démocratisation du régime.

Aujourd’hui, estime Aung San Suu Kyi, la situation a changé : le régime birman ébauche une démocratisation qu’il faut soutenir, Total lui semble avoir davantage conscience de ses responsabilités éthiques (le groupe a notamment dédommagé les populations autoritairement déplacées à cause de ses activités), « la voie s’éclaircit », dit-elle.

Mais il faut, pour les investissements d’aujourd’hui et de demain, des règles justes, un véritable Etat de droit et une vigilance internationale maintenue afin que les bonnes pratiques l’emportent sur les mauvaises.

A Paris, le Président de la République a déclaré que, si des entreprises françaises intervenant en Birmanie ne respectaient pas les normes environnementales et sociales, « Madame Aung San Suu Kyi pourra à tout moment me joindre pour que nous y mettions bon ordre ».

Le risque, il ne faut pas se le cacher, est que les affaires reprennent sans grande modification des mœurs, de la violence sociale et de la corruption, au seul prétexte d’une démocratisation superficielle.

Mais il existe aussi un risque symétrique : que l’ouverture démocratique se referme faute d’investisseurs aidant le pays à décoller et à diversifier ses partenaires.

C’est entre ces deux écueils, on l’a bien vu à l’occasion de ce premier voyage, qu’Aung San Suu Kyi doit tenir son cap et peser ses mots.


Démocratie et justice sociale

 

 

Les généraux au pouvoir ont fait main basse sur toutes les ressources du pays. Eux, leurs proches et leurs affidés ont édifié de colossales fortunes.

Sans la prédation d’Etat et la corruption qui l’accompagne, la Birmanie, riche de matières premières et jadis grenier à riz de cette partie de l’Asie, n’aurait pas une des populations les plus pauvres du monde.

Le surarmement militaire engloutit la moitié du budget de l’Etat contre seulement 7% pour l’éducation et 3% pour la santé, deux secteurs vitaux qu’Aung San Suu Kyi décrit comme sinistrés.


L’urgence sociale n’est pas moindre que l’urgence démocratique.

 

Or, nous le savons bien, tous les modèles de développement ne se valent pas.

Dans le contexte birman, la démocratisation politique, qu’il faut souhaiter de tout cœur, risque de s’accompagner d’une ouverture incontrôlée aux vents mauvais du libéralisme financiarisé le plus débridé et le moins profitable aux populations paupérisées depuis des décennies.

Un exemple : l’accaparement des terres agricoles par de puissantes compagnies, souvent proches du pouvoir, qui spolient les petits exploitants.

Le temps n’est plus, et c’est heureux, à la nationalisation des terres imposée en 1963.

Une nouvelle législation agraire est effectivement nécessaire.

Mais elle ne doit pas se borner à légaliser l’appropriation des milliers d’hectares dont se sont emparé de grandes compagnies au détriment des paysans qui représentent encore 70% de la population active.

En ce domaine comme en d’autres, il ne faudrait pas que la dictature du marché  sans règles prenne le relais de la dictature politique.

L’enjeu, pour la Birmanie de demain, c’est aussi de vaincre la pauvreté et, pour cela, de concilier développement économique, préservation de son environnement et justice sociale.

Avec humour, Aung San Suu Kyi a déclaré à Paris que « le grand avantage de la Birmanie, c’est qu’on est tellement à la traîne qu’on a le temps d’apprendre des erreurs commises dans d’autres régions du monde ».


Pour un règlement pacifique de la question des minorités

 

 

Il n’y aura pas de développement économique juste et de stabilisation démocratique sans régler la question des minorités quireprésentent 30% de la population de Birmanie et occupent près de 60% du territoire.

Un accord dit « de Panglong » avait été, en 1947, fondateur de l’union et de l’indépendance birmanes. Il définissait le cadre d’une cohabitation pacifique et d’une reconnaissance mutuelle. Il ne fut jamais respecté et ses promesses d’autonomie au sein d’un pays commun jamais tenues.

Depuis, malgré les cessez-le-feu périodiquement signés avec les uns ou les autres, affrontements armés et exactions militaires n’ont pas cessé. Dans l’Etat Kachin, l’armée semble avoir les mains libres pour réprimer. A l’est, des violences communautaires contre la minorité musulmane Rohingya ont fait près d’une centaine de morts.

Le Président Thein Sein a évoqué la perspective d’un « nouvel accord de Panglong », ce qui est sage, mais les ultras le laisseront-ils faire ? Nul ne le sait.

Pourtant, le règlement pacifique de la coexistence entre toutes les composantes de la Birmanie est une condition essentielle de la réussite des réformes démocratiques et économiques ébauchées.

Aung San Suu Kyi prône une réelle Union fédérale, garante des droits des minorities et accédant à leur revendication d’autonomie dans un cadre national commun (et non de sécession comme l’a longtemps asséné la propagande gouvernementale).

Pour les Rohingyas, aujourd’hui apatrides car ni le gouvernement birman ni celui du Bangla Desh voisin ne veulent d’eux, elle évoque la possibilité d’un accès à la citoyenneté birmane mais avec prudence, tant l’opinion y est majoritairement hostile.

Elle ne cache pas qu’il faudra du temps pour apprendre à vivre ensemble.

 

                                                           *   *   *

 

Un espoir se lève en Birmanie.

Il est encore fragile.

Pendant de longues années, Aung San Suu Kyi a été pour le monde la voix d’un peuple muselé.

Elle joue aujourd’hui un rôle majeur dans une transition délicate et incertaine.

Elle est à l’image de son peuple qui a, lui aussi, fait maintes fois la preuve de son courage.

 

Jadis contre la colonisation britannique et l’occupation japonaise.

 

En 1988 avec la révolte sociale et politique initiée par les étudiants et très durement réprimée (des milliers de manifestants tombés sous les balles et emprisonnés, la loi martiale instaurée).

Avec la « révolution safran » de 2007 (ainsi appelée à cause de la couleur de la robe des moines bouddhistes qui y prirent une part très active) contre l’augmentation des prix et, une fois encore, la répression sanglante des manifestations massives.

Avec la mobilisation citoyenne qui se porta, en 2008, au secours des victimes du cyclone Nargis (près de 140.000 morts ou disparus, plus de deux millions de sinistrés) alors qu’à l’exception de l’actuel Président, vite venu sur les lieux, le pouvoir tardait à réagir et refusait l’aide internationale.

Du courage, il va encore en falloir aux Birmans pour peser dans la partie difficile qui se joue aujourd’hui et reprendre leur pouvoir de décider de leur avenir.

A celle qui nous disait jadis : « usez de vos libertés pour promouvoir les nôtres », ne faisons pas défaut.

« J’ai hâte, a-t-elle confié à Paris, que les temps viennent où je ne serai plus nécessaire ».

Ce moment - l’avènement d’un régime pleinement démocratique – n’est pas encore venu.

Restons, comme elle nous l’a demandé, solidaires et vigilants.


Ségolène Royal

Publié dans S.ROYAL

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