Au G8, François Hollande désarçonne les critiques

Publié le par DA Estérel 83

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Quand Nicolas Sarkozy revenait de l'un de ses G8 ou G20, il y avait toujours l'inévitable communiqué de victoire. A fur et à mesure de ces réunions, le monde vu de Sarkofrance avait été sauvé d'à peu près tout grâce à des décisions énergiques et rapides: régulation monétaire, suppression des paradis fiscaux, relance de la croissance, lutte contre le réchauffement climatique, etc. Nicolas Sarkozy était aussi ce capitaine-qui-tient-la-barre, soutenu par tous les plus grands de ce monde devenu si dangereux, de Barack Obama à Angela Merkel.

Evidemment, tout ceci était faux.

Il fallut attendre l'épreuve des faits et la pression électorale pour que l'ancien Monarque, bien tardivement, n'accepte quelque contrition. La crise était toujours là, tout comme la Finance et ses excès. Les paradis fiscaux n'avaient que changé de nom.

Pendant des mois, le rival François Hollande fut décrit comme un faible ou un trouillard, incapable de tenir le moindre meeting international ou à nos partenaires. Nicolas Sarkozy avait enjoint ses proches et supporteurs de mitrailler le rival socialiste d'attaques sur son caractère prétendument incompatible avec la fonction présidentielle. Bref, Hollande devait nous précipiter dans l'inaction et le ridicule.

Evidemment, tout ceci était faux. 

Depuis vendredi dernier, c'est le choc. La France est encore là, elle n'a pas disparu. François Hollande ne fut ni raillé ni moqué, ni contesté ni accusé par ses homologues étrangers. Bien au contraire.

Le président Hollande a enchaîné les rencontres internationales: un premier G8 puis un sommet de l'OTAN. Deux rendez-vous calés sous l'ancienne présidence. 

On se souvient, avec émotion et regret, du premier G8 de Nicolas Sarkozy en juin 2007, en Allemagne. Ce fut un show incroyable. Fraîchement élu, il se donna en spectacle, prolongeant la séquence Bling Bling entamée au Fouquet's quelques cinq semaines plus tôt. Devant ses nouveaux collègues Poutine et Bush, il multiplia les démonstrations affectives comme pour montrer qu'ils étaient déjà les meilleurs amis du monde. Devant les photographes, il posait Ray-Ban sur le nez, Rolex au poignet, et portable à l'oreille avec une ostentation presque gênante pour la fonction. Il y eut aussi cette drôle de séquence où Nicolas Sarkozy, hagard et souriant, bafouillait ses mots pour l'une de ses premières conférences de presse, à tel point que quelques médias le soupçonnèrent d'être ivre

François Hollande, lui, est entré dans l'habit et le poste avec sérieux et nonchalance. Evidemment, ce G8, comme les autres, n'a pas résolu la crise mondiale.

Il n'y avait que Jean-François Copé et quelques sarkozystes purs jus pour croire que ces réunions bouleversent le monde. Le secrétaire désigné de l'UMP a dénoncé, un marché de dupes. Son argumentation restait creuse: « Qui va imaginer que la victoire au G8, si le mot victoire a un sens d'ailleurs, se résumait simplement à dire c'est génial, grande victoire pour la France, on les a tous convaincus d'être pour la croissance ? Quelle est la personne qui va vous dire qu'il ne faut pas plus de croissance, il n y a que les Verts qui disent qu'il faut de la décroissance. J'ai le sentiment d'un marché de dupes ». Copé fut tout autant agacé de la bonne entente affichée entre Obama et Hollande. Jusqu'à la dernière minute de son mandat, Sarkozy avait voulu nous faire croire qu'il détenait une sorte d'exclusivité des bonnes relations avec le président américain.

Devant l'OTAN, la réunion avait aussi un sacré enjeu. C'était la première fois que le président français allait exposer de vive voix sa promesse de campagne de retirer les troupes françaises combattantes d'Afghanistan avant la fin de cette année, soit 2.000 soldats sur 3.400. Son prédécesseur avait d'abord renforcé le contingent français en 2008, rompant une promesse de campagne de 2007; puis accepté de retirer notre contingent quand Barack Obama décida, enfin, de faire de même. Pendant la campagne, Sarkozy dénonçait l'irresponsabilité de la promesse de Hollande. A Washington ce dimanche, aucun alter-égo de François Hollande ni responsable de l'Alliance atlantique n'a paru choqué. Hollande n'a pas laissé de choix, mais a laissé ouvert la possibilité de financer une fraction de formation des forces de l'ordre afghanes. 

Sur l'exigence de croissance comme la sortie d'Afghanistan, Hollande a réussi (provisoirement) son coup. 

Pour juger de la réussite de ces premiers déplacements diplomatiques du président Hollande, on pouvait se rabattre sur la presse étrangère.

Comme le soulignait le journaliste et blogueur Stéphane Trano, pour Marianne2, « Hollande a pris de court le G8 » d'après la presse américaine. Le blog French Politics ajoutait: « Pour la presse américaine, le bilan de ce marathon diplomatique est plutôt positif. » Bloomberg loua la complicité rapidement établie entre Obama et Hollande; le New York Times, s'est félicité du « changement de ton » au G8 obtenu grâce à François Hollande: « Avant même de se montrer à Camp David face à Mme Merkel, MM Hollande et Obama avaient forgé une nouvelle alliance lors d'une pré-réunion à la Maison Blanche pour se concentrer sur la croissance

Un conseiller d'Obama, Ben Rhodes, s'est félicité: « Il semble que le Premier ministre (italien Mario) Monti et maintenant le président Hollande ont fait un bon début. Et je pense que cela a joué un grand rôle dans ce qui a été obtenu au G8.» Un autre a confié au Monde: « Il est clair que la France va être un bon ami et allié ». Pourtant, Obama semblait regretter Sarkozy avant le G8.

Le site Canadien LaPresse a noté que « pour la plupart, ses pairs ont tous vanté la qualité et même la chaleur de leur première rencontre avec le chef de l'Etat français. » Et d'ajouter: «Même ceux qui, pendant la campagne électorale présidentielle, lui avaient plus ou moins ouvertement préféré son rival Nicolas Sarkozy, comme le président américain ou le Premier ministre britannique David Cameron

En Allemagne, les commentateurs jugeaient que François Hollande était parvenu à imposer une nouvelle donne à l'OTAN, au grand dam d'Angela Merkel qui n'apprécia pas la volonté française de quitter prématurément l'Afghanistan. N'en déplaise à la chancelière, elle fut bien isolée. Le conservateur Süddeutsche Zeitung confirma que « François Hollande peut remplir sa promesse de campagne, mais il devra laisser des formateurs militaires en Afghanistan plus longtemps ». Hollande obtint l'accord de nos partenaires de l'OTAN: «nous avons veillé à ce que la position de la France soit pleinement respectée et appliquée et, en même temps, j'ai veillé à ce que nos alliés (en) comprennent bien le sens».


En Espagne, le quotidien ABC résumait ainsi les échanges sur la croissance: « Obama et Hollande s’allient en faveur de la croissance face à l’austère Merkel ». Au Royaume Uni, le Financial Times notait que : « David Cameron va tenter aujourd’hui de forger une alliance économique inattendue avec François Hollande en s’alignant sur le courant « pro-croissance » qui s’empare de l’Europe ». L'Independant relevait que le président français avait été le « grand vainqueur du G8 après seulement une semaine au gouvernement ».

Il fallait se pincer pour le croire. La prise de conscience avait-elle eu lieu ? A minima pouvait-on reconnaître que François Hollande avait réussi sa première séquence diplomatique.

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