Amis de Sarkozy : ce que vous n’avez pas vu à la télé

Publié le par DA Estérel 83

Rue89Politique

 

 

Choses vues à Nice, où les leaders de l’UMP se réunissaient pour défendre l’œuvre politique du nouveau retraité. Et se placer dans la lutte pour la présidence du parti.


Nadine Morano avec les Amis de Sarkozy à Nice (François Krug/Rue89)

Un succès populaire et spontané, une droite unie dans la célébration de notre regretté ancien président : pour sa première réunion publique, l’Association des amis de Nicolas Sarkozy a en apparence rempli sa mission. Et en vrai ?

9h30. Les amis anonymes de Nicolas Sarkozy, ceux qui ne sont ni anciens ministres, ni élus, ni candidats à la présidence de l’UMP, arrivent sous les oliviers du jardin du musée Matisse, sur les hauteurs de Nice. Plus qu’un meeting, le cadre évoque un mariage champêtre – ou un enterrement.

Pour une association sans moyens, les Amis de Nicolas Sarkozy – et l’agence Publics, déjà chargée des grands meetings de la campagne présidentielle – ont bien fait les choses.

Chaque arrivant a droit à un livret résumant l’œuvre du regretté président, et reproduisant ses principaux discours. On fait la queue devant le stand des adhérents, un peu moins devant celui du merchandising : cinq euros la casquette « Amis de Nicolas Sarkozy » ou le tee-shirt – « made in Bangladesh » –, sept euros le canotier. Les radins peuvent se rabattre sur le stylo à deux euros.

La veille, Brice Hortefeux s’était félicité du succès annoncé de la réunion. Un succès « spontané », avait-il insisté lors d’une conférence de presse, en souriant : « Il n’y a pas eu de stratégie des autocars. » D’autocars, on en a quand même repéré au moins deux ce samedi matin, arrivés de Cannes.


Un autocar affrêté pour la réunion des Amis de Nicolas Sarkozy à Nice (François Krug/Rue89)

Que sont venus chercher ici ces amis inconnus de Nicolas Sarkozy ? « Depuis qu’il n’est plus là, je le regrette complètement », explique Frédérique, une militante UMP de 55 ans, agente immobilière à Cannes. « Cinq ans sans lui... », soupire-t-elle sans finir sa phrase.

« Je l’attends », confirme Amélia, 69 ans, elle aussi encartée à l’UMP. « Son action a été formidable, j’espère qu’il va revenir », confie aussi Georges, un retraité de 70 ans, qui a fait le déplacement depuis le Var.

10h15. « Nous sommes sous un soleil sarkoyste plutôt que sous une pluie hollandaise à la Rochelle ! » Sur l’estrade, Christian Estrosi recycle une blague déjà servie aux journalistes la veille. Succès garanti dans le public.

A ses côtés : Xavier Bertrand, Bruno Le Maire, Christine Boutin, Brice Hortefeux, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Copé, Nadine Morano et Eric Ciotti, qui représente François Fillon, blessé pendant ses vacances. Cette fête, qu’on se le dise, c’est celle de l’unité.

« Nous sommes plus de 3 000, et je vois ceux qui ne cessent d’affluer de minute en minute », poursuit Christian Estrosi. Plus tard, il annoncera même qu’on « atteindra les 4 000 ». On regarde autour de nous. Petite estimation à vue de nez : une trentaine de rangs de chaises occupées, une centaine de personnes debout... On semble plus proche du millier de participants.

10h30. « Un président réformateur, un président protecteur » : sur l’écran géant,un montage de quelques minutes résume l’œuvre sarkozyste. Nicolas Sarkozy qui serre des mains, Nicolas Sarkozy qui sauve la Géorgie, la Côte d’Ivoire et la Libye, Nicolas Sarkozy qui déclare son amour pendant la campagne : « Vous êtes la France éternelle, je vous aime ! »

10h45. Nathalie Kosciusko-Morizet prend la parole, pour partager ses souvenirs du grand homme, pour flatter les adhérents de l’UMP dont elle brigue les suffrages (« Sans vous, la campagne [présidentielle, ndlr] n’aurait pas été la même ! »), et surtout, pour prendre une petite revanche :

« Je vous quitterai un peu précipitamment, parce qu’il [Nicolas Sarkozy, ndlr] m’a invité à le voir tout à l’heure au Cap Nègre. »

Et hop, égalité avec Jean-François Copé : la veille, le secrétaire général de l’UMP avait été invité à déjeuner dans la maison de vacances du couple Sarkozy-Bruni, avec Brice Hortefeux. Il ne s’était pas privé de le faire savoir.

Pendant ce temps, les derniers rangs commencent à se vider.


Nadine Morano avec les Amis de Sarkozy à Nice (François Krug/Rue89)

11h30. Beaucoup de lecteurs de Rue89 nous demandent ce qu’est devenue Nadine Morano, depuis sa défaite aux législatives.

Qu’ils sachent donc qu’à cette heure-là, ce samedi, l’ancienne ministre de la Formation évoquait avec émotion à Nice ces gens « qui nous arrêtent dans la rue » pour parler de Nicolas Sarkozy :

« Si un jour, il décide de revenir, alors nous serons là ! »

Le public est conquis. Nadine Morano, trésorière de l’Association des amis de Nicolas Sarkozy, en profite : « 25 euros l’adhésion ! Dites-le autour de vous ! »

11h45. « Nous allons maintenant accueillir un homme qui a beaucoup de talents, et il y a un talent que vous ne lui connaissez pas : c’est un grand musicien, et c’est lui aujourd’hui qui dirige la musique de notre parti. »

Yves Foulon, député-maire d’Arcachon, le « monsieur Loyal » de la matinée, a travaillé son texte pour lancer Jean-François Copé. Le secrétaire général de l’UMP célèbre à son tour l’unité :

« Bien sûr, il peut y avoir entre les uns et les autres des différences, des divergences et... allons : des concurrences... voilà, j’ai pris mon risque... »

Jean-François Copé sourit d’avoir osé évoquer les rivalités, mais il n’en dira pas un mot de plus. Il attend ce dimanche pour annoncer sa candidature. Selon son équipe, 2 000 personnes viendront l’applaudir à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône).

12h15. Le soleil tape. Le public, les journalistes et les dirigeants de l’UMP commencent à fatiguer. C’est à Brice Hortefeux, en sa qualité de président de l’Association des amis de Nicolas Sarkozy, de conclure. En s’offrant une petite blague sur la météo, aux dépens des dignitaires assis au premier rang :

« Cette belle journée a permis à Pierre Charron [ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, sénateur de Paris] et Edouard Courtial [ancien secrétaire d’Etat, député] de perdre au moins deux kilos ! »

Les intéressés et le public rigolent. Ils retrouvent leur gravité lorsque Brice Hortefeux évoque l’Histoire, dont le jugement réhabilitera l’œuvre de Nicolas Sarkozy. Avant de conclure :

« Cette première réunion a été un succès qui nous a impressionnés nous-mêmes ! »

12h30. Dès la Marseillaise finie, les leaders de l’UMP se dispersent. Sous les oliviers, Jean-François Copé s’offre une séance d’autographes avec les militants : « C’est normal, moi j’ai une conception familiale de la vie militante à l’UMP ! »

Transmis à François Fillon – et aux autres candidats qui, tente de se persuader un « copéiste », n’auront pas d’autre choix que de se rallier à son champion :

« C’est dans leur intérêt que Copé gagne, parce que François Fillon bloquerait le jeu, il est candidat pour 2017, il a déjà mis en place son équipe... »

La fête est finie : pour les amis de Nicolas Sarkozy, les choses sérieuses ont déjà repris

Publié dans UMP

Commenter cet article