Allemagne tant vantée: Le «burnout» menace le succès économique allemand

Publié le par DA Estérel 83

 

 

Fer de lance de l'Union européenne, l'Allemagne vit une épidémie de surmenage potentiellement dangereuse pour son économie. Un salarié sur 5 y souffre en effet de troubles psychologiques liés au travail.

Le temps de travail est passé chez Volkswagen de 32h par semaine, lors de la crise des années 90, à 40h aujourd'hui, suscitant davantage de fatigue chez les employés.

Le temps de travail est passé chez Volkswagen de 32h par semaine, lors de la crise des années 90, à 40h aujourd'hui, suscitant davantage de fatigue chez les employés. 

L'Allemagne est-elle menacée d'une épidémie de «burnout»? C'est ce que croient le gouvernement et les syndicats, qui s'alarment de ce phénomène susceptible d'enrayer la belle mécanique économique allemande.

Selon une étude réalisée début 2011 par la caisse d'assurance maladie TK, 20% des Allemands souffriraient de troubles psychiques à cause du travail. Depuis 2007, le nombre d'arrêts maladie à cause du stress a bondi de 33%, tandis que les ordonnances pour des antidépresseurs ont augmenté de 41% sur la même période.


80% d'augmentation en 10 ans

Pire encore: selon les caisses d'assurance-maladie AOK, le nombre d'arrêts de travail pour surmenage a augmenté de 80% en dix ans.Enfin, selon le gouvernement et les syndicats, un tiers des départs en retraite prématurés est dû à des troubles psychiques.

En outre, sur les six premiers mois de l'année 2011, 14,3% des arrêts maladies avaient pour origine une dépression ou un burnout. Ce syndrome d'épuisement professionnel touche désormais 9 millions d'Allemands.

Du coup, le sujet est pris très au sérieux en Allemagne confrontée à une main d'oeuvre plus rare et plus fragile en raison du vieillissement de la population. Il vient de prendre une tournure politique: le syndicat industriel IG Metall, aux deux millions d'adhérents, réclame en effet un «règlement anti-stress», et la ministre du Travail Ursula von der Leyen a «déclaré la guerre aux souffrances psychiques liées au travail».


27 milliards d'euros par an

Il faut dire que le burnout coûte cher à l'économie allemande. Il occasionne en moyenne 30 jours d'arrêt maladie pour chaque malade diagnostiqué. IG Metall estime à 27 milliards d'euros par an le coût sanitaire du phénomène, tandis que la ministre du Travail chiffre à 8 à 10 milliards d'euros chaque année le manque à gagner pour les entreprises.

Les explications à ces souffrances au travail sont multiples. Parmi les pistes évoquées, la pression du rendement joue une grande part. Le Made in Germany suppose, pour rester compétitif, des horaires de travail plus longs. IG Metall souligne aussi de son côté que l'explosion en Allemagne du travail précaire a généré un stress intense.

La monotonie, la généralisation du travail de bureau en «open space», sans sphère privée, sont aussi pointées du doigt, tout comme l'exigence de disponibilité allant de pair avec les innovations technologiques.


Managers durement touchés

Les managers souffrent également beaucoup: l'obligation de rester tout le temps connecté, grâce au portables et aux mails, pèse sur leur vie de famille, leur vacances et leur santé.

Mais «le burnout n'est pas une maladie réservée aux célébrités ou aux cadres» équipés de Blackberrys, souligne Rolf Rosenbrock, spécialiste de médecine du travail de l'institut de recherche en sciences sociales WZB.

Le surmenage est-il donc une maladie de masse? De nombreux psychiatres comme Markus Pawelzik ne veulent pas y croire. «Le burnout n'est pas une maladie psychique comme la dépression et n'en sera jamais une», explique-t-il, en reprochant à ses concitoyens de «chercher un traitement mécanique, rapide et peu stigmatisant de leur épuisement chronique», sans changer leur manière de vivre et travailler.


Premières mesures

Néanomoins, les entreprises allemandes ont commencé de réagir. Ainsi, rapporte le Figaro, chez le constructeur de camions MAN, où le montage des véhicules est entièrement fait à la main, les ouvriers ont désormais le droit de gérer eux-mêmes leurs tâches.

En outre, des règles simples ont été introduites dans de nombreuses firmes: les employés n'ont souvent plus le droit d'envoyer des mails professionnels le week-end. Ils ont aussi un plus grand choix dans leurs horaires de travail. Les coups de fil après la fin de la journée de travail ont également été bannis.

 

Publié dans Economie

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