Air France: la chasse aux vieux pilotes va coûter cher

Publié le par DA Estérel 83

L'Expension

 

 

Révélations: la compagnie a été ces derniers mois lourdement condamnée, en dernière instance, dans plusieurs cas de licenciement abusif de pilotes âgés de 60 ans, avant que la loi de 2010 ne l'oblige à les garder jusqu'à 65 ans. Une mauvaise nouvelle alors même que le syndicat SNPL espère renouer avec la mise à la retraite d'office à 60 ans.

AVIATION - Plusieurs affaires de licenciement abusifs à Air France ont été tranchées par la Cour de Cassation ces derniers mois: la justice a confirmé des condamnations qui s'élèvent, selon les cas, à 130 000, 150 000 voire 200 000 euros.
AVIATION - Plusieurs affaires de licenciement abusifs à Air France ont été tranchées par la Cour de Cassation ces derniers mois: la justice a confirmé des condamnations qui s'élèvent, selon les cas, à 130 000, 150 000 voire 200 000 euros.

 Mettre d'office à la retraite les pilotes de plus de 60 ans? Voilà qui pourrait aider la compagnie Air France aux prises avec des sureffectifs difficiles à résorber parmi les personnels navigants techniques. En effet, la formule du plan de départs volontaires (utilisée pour les personnels au soldans le cadre du plan de redressement présenté par le PDG Alexandre de Juniac en juin) ne peut s'appliquer aux pilotes dans la mesure où la compagnie en embauche encore cette année.

Certes, Air France va proposer à certains de ses navigants de rejoindre sa filiale low-cost Transavia contre une prime confortable. Mais cela ne représente que 60 à 75 postes alors que le sureffectif en moyen-courrier est estimé à 200 personnes.

Du coup le SNPL, syndicat majoritaire chez les pilotes d'Air France, a semble-t-il une autre idée: il réfléchit à mobiliser des parlementaires pour qu'ils déposent une proposition de loi dans la cadre du PLFFS 2013 afin de permettre une mise à la retraite d'office des pilotes de plus de 60 ans

Une lettre au PDG d'Air France

Une stratégie qui a immédiatement fait bondir Jean Serrat, président del'association PNT 65. Cet ancien pilote de Corsair a mené le combat plusieurs années durant pour que, en France, comme dans presque tous les pays européens, les pilotes puissent rester en activité jusqu'à 65 ans s'ils le souhaitent. Ce qui est le cas depuis le premier janvier 2010.

La tentative du SNPL de revenir sur cet acquis le met hors de lui: "Nous n'accepterons pas que des responsables politiques au plus haut rang, des élus en charge de la nation, décident de transférer le poids financier de l'inconséquence managériale de certains dirigeants d'entreprises privées -dont un parti depuis peu avec un gros chèque- sur le dos de la collectivité nationale et à la charge de notre Caisse complémentaire de retraite."

De son côté, le SNPL assure qu'il n'y aurait pas d'automaticité, que cela concernerait seulement les salariés pouvant bénéficier d'une retraite à taux plein et que les modalités pourraient être définies dans le cadre d'un accord d'entreprise.

"La facture se chiffrera en millions d'euros"

Il n'empêche, PNT 65 a flairé le danger et a écrit, dès la semaine dernière, à l'Elysée, à Matignon ainsi qu'aux ministères du Travail et des Transports pour dénoncer la manoeuvre du SNPL. Cette semaine, c'est au PDG d'Air France que l'association a envoyé un courrier (voir ci-dessus) pour l'alerter sur une opération, qui selon Jean Serrat, est totalement "discriminatoire".

Elle pourrait aussi se révéler très coûteuse pour Air France. "La facture se chiffrera en millions d'euros" prévient PNT 65 dans sa lettre à Alexandre de Juniac. Avant 2010, des dizaines de pilotes ont attaqué la compagnie pour licenciement abusif à 60 ans, sans offre de reclassement. Plusieurs affaires, dont L'Express a pu se procurer les jugements, ont été tranchées par la Cour de Cassation ces derniers mois. Bilan: la justice a confirmé des condamnations qui s'élèvent, selon les cas, à 130 000, 150 000 voire 200 000 euros.

Une jurisprudence inquiétante pour la compagnie. Sachant qu'une centaine de procédure sont en cours, Air France pourrait trouver la proposition du SNPL moins attractive qu'il n'y paraît.

 

 

Publié dans Economie

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