Affaire Merah : le crime de TF1

Publié le par DA Estérel 83

BlogsMediapart  Hubert Huertas

 

 

 

En France, le porteur de mauvaise nouvelle est forcément coupable. C’est une constante. Et plus l’information est grave, plus le messager est jugé dangereux. On se souvient de l’affaire Bettencourt : pendant des mois, le contenu, pourtant renversant, des enregistrements du Majordome a semblé secondaire par rapport au procès en fascisme intenté à Mediapart, qui les avait révélés.

       On se souvient aussi que le viol du secret de l’instruction a paru plus dérangeant que le témoignage du personnel de la milliardaire, quand cette affaire a bifurqué vers le financement politique de la campagne de 2007. Le journal Le Monde les avait publiés, il serait poursuivi.

       Et maintenant TF1. Dimanche, la Première chaine, comme on disait autrefois, a diffusé des extraits de conversation entre Mohamed Merah et le groupe d’intervention, avant l’assaut final. On y entend des propos incroyables dans la bouche de l’assassin, mais ce qui choque n’est pas ce qu’il dit, c’est qu’on ait pu l’entendre.

       Tout au long de la journée d’hier, partout, le débat portait sur la diffusion de « la vidéo », comme si c’était une vidéo. Comme si TF1 avait diffusé les images des assassinats, dont la programmation, heureusement évitée jusqu’à présent, serait tout simplement abjecte.

       Mais ce n’était qu’un document audio, qui fait effectivement entendre une voix, la voix posée de Merah, discutant avec des policiers.

       Officiellement, le crime du messager, TF1, serait d’avoir pris le risque d’éveiller des vocations. Ainsi, pendant trois semaines au moment des faits, à longueur d’éditions spéciales, et en pleine campagne électorale, toute la France n’a parlé que de lui, Merah, Merah, Merah, le faiseur potentiel de Président ; toutes les autorités se sont mobilisées sur son nom, le ministre de l’intérieur de l’époque, Claude Guéant, a assuré la présence médiatique pendant quarante huit heures non stop, mais c’est l’écoute de la voix de Merah, plusieurs mois après sa mort, qui en ferait un personnage central, une sorte de héro !

       Comme toujours depuis le premier procès du porteur de mauvaise nouvelle, c’est à dire depuis la Grèce antique, dans l’Antigone de Sophocle, la mise en cause du messager traduit, naturellement, le refus d’entendre la vraie nouvelle, de la supporter, et d’en tirer les conséquences.

       Et quelle est cette information ? Elle est tout simplement une preuve, accablante, jetée dans l’oreille des Français à une heure de grande écoute. La confirmation de ce qui s’est dit dès les premières heures, comme une rumeur : Oui, entre le 11 mars, jour du premier meurtre, et le 19, date du massacre de l’école, huit jours se sont écoulés, huit jours entiers, pendants lesquels Merah a pu aller et venir tranquillement. Or il était connu, fiché, suivi par les services secrets, qui le tutoyaient. Cette absence d’intervention, cette léthargie, cette faute, a coûté la vie à quatre, cinq, six personnes…

       Mais ne parlez pas de la police, ce serait trop grave. C’est la faute à TF1…    

       France Culture, 7h36, France Musique 8h07, Twitter : @huberthuertas

      

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