Affaire Karachi : l'étau se resserre sur Thierry Gaubert

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2

 

 

Le juge Van Ruymbeke soupçonne l’ami et ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy d’avoir participé au rapatriement en France d’une partie des commissions des marchés d’armement passés avec le Pakistan pour financer la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Et d’avoir raflé, au passage, quelques 7 millions de francs.


(Thierry Gaubert à Nanterre, en 2012 - DUPUY FLORENT/SIPA)
Il est resté muet ou presque. Convoqué une énième fois le 28 juin par le juge Van Ruymbeke, Thierry Gaubert, trois fois mis en examen dans le volet financier du dossier Karachi, n’a rien lâché. «Pas grave, c’est son compte suisse qui a parlé !», s’amuse une proche du dossier. Après avoir épluché pendant des mois des milliers de documents bancaires récupérés au Lichtenstein, en Suisse et en Espagne, le juge d’instruction n’exclut pas qu’au delà du financement illicite du balladurisme se dessine la piste d’un enrichissement personnel de plusieurs proches de l’ancien premier ministre. 

Mis en examen pour «blanchiment aggravé» en mai dernier, Thierry Gaubert est au cœur des investigations du magistrat, qui a découvert le mois dernier qu'il avait effectué 3 dépôts en liquide à la banque Safdié de Genève, pour un montant total de 7 millions de francs. 

Or, à chaque dépôt correspond un retrait en espèces effectué à la même date sur des comptes alimentés par les commissions du contrat Agosta... Le 2 mai 1995, Gaubert dépose ainsi à la banque Safdié 340 000 francs suisses et 497 500 francs. Or, la veille, 5 millions de francs ont été retirés en espèces du compte du cheikh koweitien Al Sabah. L’enquête menée ces derniers mois permet  d’établir que cet argent provient des commissions versées au Lichtenstein à la société Rabor (qui a récupéré les commissions versées dans le cadre du contrat Mouette, passé par le gouvernement Balladur avec l’Arabie Saoudite en 1994). Le lien entre le dépôt de Gaubert et le retrait sur le compte Al Sabah ? L’intermédiaire millionnaire franco-libanais Ziad Takieddine, justement présent à Genève le 1er mai, que Van Ruymbeke soupçonne d’avoir porté les valises de liquide entre Genève et Paris avec Gaubert.  Interrogé sur ce point, Gaubert assure «qu’il a pu être à Genève et moi aussi, mais nous n’étions pas ensemble»

Sauf que. La «coïncidence» se répète le 24 mai1995, date à laquelle Gaubert dépose 2 288 500 francs à la banque Safdié. La veille, 2 millions de francs étaient retirés du compte d’Abdul Rahman El Assir, l’un des bénéficiaires du contrat d’armement avec le Pakistan. Et un billet d’avion témoigne, là encore, de la présence à Genève de Ziad Takieddine… Van Ruymbeke pense avoir fait mouche ? «Je conteste les concordances», lui lance, sans rire, Thierry Gaubert. 

L’audition n’est pas terminée, le juge s’obstine : le 12 juillet 1995, Gaubert a déposé 679 000 francs à la banque Safdié. Or, 5 jours plus tôt, un retrait de 700 000 francs suisse était effectué sur le compte Al Sabah. Et où était Ziad Takieddine ce 7 juillet ? A Genève. Il est rentré à Paris par l’avion de 16h10. Van Ruymbeke s’accroche… «Hasard de calendrier», rétorque Gaubert. 

«A quoi correspond le virement de 30 000 euros daté du 5 juillet 2009 que vous avez effectué en faveur de la SCI Sainte-Anne (qui détient l’immense villa de Ziad Takieddine au Cap d’Antibes, NDLR) ?» tente une dernière fois le juge. Réponse de Gaubert : «Il(Takieddine) avait des difficultés d’argent. C’est peut-être un prêt, je ne m’en souviens plus(…) Entre amis, on peut s’aider.»

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