Affaire DSK : l’overdose

Publié le par DA Estérel 83

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Quatre minutes montre en mains… Il aura fallu à peine quatre petites minutes pour que le juge prenne acte de la ligne de défense de DSK : « not guilty » (non coupable).

Et pourtant, pour une audience purement technique de quatre minutes, nous subissonsdepuis des heures un matraquage intensif de la part des médias français.

Je n’ose imaginer ce qu’il en sera lorsque les débats gagneront en longueur…

Pour quatre minutes d’audience, c’est déjà une overdose de commentaires journalistiques creux et vides alors que le procès n’aura pas lieu avant six mois (sauf« deal » improbable).

Comment les journalistes peuvent-ils tomber aussi bas et céder ainsi aux facilités de ce spectacle judiciaire ?

Pourquoi consacrent-ils autant d’énergie à brasser du vent, à répéter sans cesse les mêmes choses comme des disques rayés, à grossir d’anodins détails (ex : « DSK est détendu »« DSK est souriant tout comme Anne Sinclair »), à meubler le vide de leurs inepties dans le but de fabriquer artificiellement je ne sais quel suspens par ailleurs inexistant à ce stade de la procédure ? N’y aurait-il pas essentiellement des préoccupations mercantiles derrière ce flot d’informations sans intérêt (course à l’audience et à la diffusion) ?

Faut-il que le service public soit à ce point malade pour avoir consacré, une fois encore, uneédition spéciale à l’affaire DSK avec aux manettes l’inénarrable Pujadas ?

Faut-il en déduire que France 2 interrompra sa programmation habituelle pour diffuser le procès en direct dans son intégralité ?

Et que dire de BFM et d’I-télé qui ressassent mécaniquement les mêmes informations sur le sujet ? Le modus operandi de ces deux chaînes ressemble d’ailleurs aux ruminations obsessionnelles des personnes traumatisées qui, la nuit et le jour, ont l’esprit entièrement absorbé par les mêmes idées fixes et qui les répètent mentalement comme des perroquets.

Tout ce  barnum médiatique est affligeant.

Et comme s’il s’agissait de nous achever, il a fallu encore supporter la mine terne et l’oeil torve de Jean-Christophe Cambadélis qui, à 20h00 sur le plateau du JT de France 2, semblait porter plus que jamais le deuil d’une possible carrière ministérielle.

C’est dommage que les télévisions ne puissent pas faire appel au juge Roy Bean en qualité de consultant juridique. Il aurait pu expliquer aux Français les subtilités de la procédure accusatoire à l’américaine qui sont au western ce que les vieilles manières aristocratiques sont à la Common law britannique. Sans aller jusqu’à l’ouest du Pecos, il aurait pu déjà familiariser les « frenchies » à ce qui se passe à l’ouest de l’Atlantique.

Lucky Luke, Le Juge (1959)

C’est dommage également que les médias ne puissent pas faire appel au fidèle croque-mort, allié intéressé de Roy Bean, qui aime à répéter au début de chaque procès « Qu’on le pende ! ». Je suis persuadé que les vociférations de l’énergumène auraient été du meilleur effet. Elles auraient en tout cas apporté du piment aux « shame on you » (honte à toi) des membres du syndicat des femmes de chambres new yorkaises.

Publié dans Affaires

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