À La Rochelle, Valls joue les stars

Publié le par DA Estérel 83

Le Point

 

 

Manuel Valls à son arrivée à La Rochelle, le 25 août 2012.

 

Manuel Valls est sans doute le seul participant des journées d'été de La Rochelle à trouver que l'édition 2012 de ce grand raout socialiste n'est "pas si différente des autres années". Ministres ou députés, militants ou élus locaux, tous s'accordent à dire que, contrairement aux années précédentes, le campus se déroule dans "le calme", "la sérénité". Traduction pour les mauvaises langues : on s'ennuie, à ce premier rassemblement du PS depuis les victoires de la présidentielle et des législatives. Personne pour jouer les rock stars, (presque) pas de petites phrases ni de coups bas à se mettre sous la dent. 

Si le ministre de l'Intérieur, lui, ne voit pas la différence, c'est peut-être parce qu'en l'absence de François Hollande et de Ségolène Royal il attire les caméras plus que tout autre participant. Seule la première secrétaire, Martine Aubry - dont les intentions restent incertaines -, semble en mesure de rivaliser. À son arrivée vendredi matin, le nouveau locataire de la place Beauvau s'est retrouvé immédiatement entouré d'une horde de journalistes, aux questions desquels il a volontiers répondu. L'injonction - pourtant très audible - d'une militante, à quelques mètres de là, réclamant "une vraie politique de gauche" n'a même pas semblé l'atteindre. Tout sourire, Valls, qui se rendait à une table ronde sur le thème de la reconquête de l'électorat populaire, a pris le temps d'aller serrer des mains à tous les stands, avant de tomber sur Benoît Hamon au bar du campus où il allait prendre un café. 

Avec son collègue du gouvernement, et peut-être encore plus que lui, Valls a été ovationné lors de ce débat. La preuve que sa méthode fonctionne. Omniprésent sur le terrain et dans les médias, comme un certain Nicolas Sarkozy en son temps, celui qui s'est autoproclamé "ministre de l'été", cette semaine, dans Le Nouvel Observateurplane d'ailleurs aux alentours de 50 % d'opinions favorables dans toutes les enquêtes d'opinion. Une situation plutôt rare pour un ministre de plein exercice. Et ce n'est pas la méfiance des Jeunes Socialistes à son égard qui risque de le faire changer de stratégie. Interpellé sans ménagement vendredi matin sur la question des récépissés de contrôle d'identité, réforme à laquelle il s'est opposé, Valls n'a pas hésité à les appeler à "la responsabilité et à la maturité".

Sur le droit de vote des étrangers, Valls mine le terrain

"Moi, je suis le premier flic de France", assume-t-il, rappelant sans cesse l'opposition farouche des syndicats policiers à cette proposition. Un peu plus tôt, lors d'un petit déjeuner de presse, le ministre de l'Intérieur corrigeait un journaliste selon qui il s'agissait d'une promesse de campagne du candidat Hollande. "Non", a-t-il répondu sèchement. Le ministre de l'Intérieur n'avait d'ailleurs pas complètement tort, puisque cette proposition figurait dans le projet du PS mais était plus floue dans les 60 engagements de Hollande. "Je lutterai contre le délit de faciès dans les contrôles d'identité par une procédure respectueuse des citoyens, et contre toute discrimination à l'embauche et au logement. Je combattrai en permanence le racisme et l'antisémitisme", stipulait précisément la 30e proposition, comme l'a rappelé Le Monde

Engagement de campagne ou pas, Valls n'a de toute façon pas peur d'assumer ses désaccords. Interrogé sur la question du droit de vote des étrangers aux élections locales - qui, pour le coup, a bien été promis par le candidat socialiste, et auquel Valls, candidat à la primaire, s'était fermement opposé -, le ministre de l'Intérieur n'a pas hésité à remettre toute la responsabilité de cette réforme sur le chef de l'État, vendredi matin, devant la presse. "Le droit de vote des étrangers nécessitant une réforme constitutionnelle, il doit être à l'initiative du président de la République", a-t-il expliqué, soulignant le "risque" politique du vote d'une telle mesure. "Tout débat qui crispe la société française en mettant l'étranger au coeur du débat est mauvais", a-t-il encore ajouté, avant de s'interroger, l'air sceptique : "La question c'est comment on fait ? À quel moment ?'" Manuel Valls aime l'ordre et a le sens de la hiérarchie, il le dit. Mais une chose est sûre : François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne devront pas compter sur lui pour aider à la réalisation de cette réforme chère à l'aile gauche du PS. 

Publié dans PS

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