A la convention du PS, les strauss-kahniens convoités

Publié le par DA Estérel 83

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«C'est le bonheur!» Rarement des militants seront sortis aussi euphoriques d'une convention socialiste. Samedi, à la Halle Freyssinet (Paris), tout s'est déroulé à merveille, vu qu'il ne s'est rien passé. Pas un couac, pas un remou en surface. Quinze jours après la déflagration causée par l'arrestation de DSK, aucun ténor n'a osé bouger: dans son discours de première secrétaire, Martine Aubry n'a pas annoncé sa candidature à la primaire; ses concurrents déclarés (Hollande, Royal, Montebourg) n'ont pas pris la parole une seconde. Les entourages des principaux leaders s'étaient ostensiblement passé le mot: «unité»,«rassemblement». Pas question qu'une petite phrase, que la moindre vacherie entre camarades, vienne ternir la mise en scène du jour: l'adoption formelle, en grande pompe et à l'unanimité, du projet socialiste pour 2012, baptisé «Le changement»(connu depuis des semaines et déjà voté par les militants). La salle de presse en bâillait presque.

La surprise aurait pu venir de Lionel Jospin, invité de marque qui n'avait pas mis un pied dans une convention socialiste depuis des années, mais son seul commentaire aux journalistes s'est avéré peu décisif: «Je soutiendrai le gagnant ou la gagnante de la primaire avec beaucoup de flamme...» «C'était un beau meeting, s'enthousiasme Chantale Boumeziren, 64 ans, à la sortie. Sans ego.» Pour une fois, ces derniers sont restés confinés en coulisses, où se jouait cependant une bataille serrée: qui va demain «récupérer» les strauss-kahniens?

«Nous, les amis de Dominique, même si nous avons du bleu à l'âme, nous n'avons pas d'état d'âme pour combattre la politique de Nicolas Sarkozy, a lancé Jean-Christophe Cambadélis, ancien lieutenant de l'ex-patron du FMI, à la tribune. La partition est là, les musiciens jouent presque à l'unisson; vous me direz: "il manque un chef d'orchestre"... Alors en attendant, chers camarades, faisons nos gammes.»

En attendant, nombre de strauss-kahniens n'ont toujours pas décidé à quel nouveau chef de file se vouer. François Pupponi, le successeur de Dominique Strauss-Kahn à Sarcelles, évacue la question, agacé: «On verra, on verra.. Les contacts se sont multipliés, ces derniers jours, avec les équipes de Martine Aubry d'un côté, François Hollande de l'autre -la probabilité d'observer des ralliements à Ségolène Royal étant à peu près nulle.

Tandis que Pierre Moscovici et Manuel Valls se tâtent sur l'opportunité de se lancer en solo, le sénateur et maire de Lyon, Gérard Collomb, appelle au gel de primaires potentiellement fratricides. «C'est aujourd'hui du devoir de Ségolène Royal, du devoir de Martine Aubry, du devoir de François Hollande, de savoir nous proposer un rassemblement, et de nous présenter un candidat qui ne sortira pas affaibli des primaires», a lancé Gérard Collomb samedi.

Interrogé en coulisse, le directeur de cabinet de Martine Aubry jure que la captation du «courant DSK» n'est «pas un enjeu»«On est dans des primaires ouvertes; ce sont les Français qu'il faut convaincre» -et non plus tel ou tel cacique, pour s'assurer les votes de telle ou telle fédération.«Le sujet, pour nous, n'est pas de dire aux strauss-kahniens: "Je te concède telle mesure, et tu te rallies"... De toute façon, les strauss-kahniens sont une vaste galerie!» Tous ne répondent d'ailleurs pas aux mêmes stimuli. Jean-Marc Germain précise tout de même que la proximité idéologique entre la maire de Lille et DSK «a toujours exist黫Vous savez, Martine Aubry gouverne la communauté urbaine de Lille avec une alliance qui va du PC au Modem...»

 

Jean Mallot, l'un des piliers du groupe «Solerino 2012», à fond derrière Martine Aubry, pratique un peu moins la langue de bois. Lui veut bien «laisser les strauss-kahniens choisir tranquillement», mais compte sur eux in fine. «Il y a une logique, estime-t-il. Dominique et Martine avaient passé un accord et convenu de se ranger, le moment venu, derrière celui des deux qui serait le plus en situation. Aujourd'hui, c'est elle. Et puis, au-delà de l'accord stratégique, il y a le fond: Martine Aubry est en cohérence avec les orientations de DSK, avec son"socialisme de la production(il faut d'abord produire les richesses avant de les répartir)». Samedi, juste avant le discours de la Première secrétaire, Jean Mallot se disait confiant: «Les strauss-kahniens vont se reconnaître. Si c'était DSK, il ne dirait pas autre chose.»

Mais n'y a-t-il pas, dans ces appels du pied, de quoi faire bondir l'aile gauche du PS, traditionnel bastion «aubryiste»?

La question fait sourire Olivier Dussopt, proche de Benoit Hamon (qui vient d'appeler les socialistes à «ne pas faire l'impasse sur les classes populaires»). En réalité, le député se réjouirait, sans même se boucher le nez, qu'un maximum de strauss-kahniens viennent se ranger derrière Aubry: «Beaucoup, déjà, se retrouvent dans sa démarche, espère Olivier Dusspot. Ils savent gré à Martine d'avoir rassemblé les socialistes, de les avoir remis au travail.» Y aurait-il une plus grande proximité idéologique entre DSK et Martine Aubry, qu'entre DSK et François Hollande? «Ca n'est pas la question, tranche Olivier Dussopt.Le sujet, pour les strauss-kahniens, c'est: qui a la capacité de rassembler, d'entraîner. C'est qui a une vision pour la France?»

Dans le camp de François Hollande, on refuse «tout concours de miss».«Les strauss-kahniens sont une tribu diverse, ils feront des choix divers, veut croire Michel Sapin. Ils ont tous souhaité du temps, pour se retrouver entre eux, discuter, présenter un visage plus serein; ça convient parfaitement à François. De notre côté, on ne fait pas de débauchages individuels. Chacun sa méthode.» Mais selon lui, que voudrait la logique? Où est la plus grande proximité idéologique? «Ca ne rime à rien, pour François Hollande, de prétendre à plus ou moins de proximité avec les strauss-kahniens. C'est eux qui le diront, c'est leur jugement, leur liberté. La question, c'est plutôt lequel ou laquelle, des candidats à la primaire, est le mieux placé face à Nicolas Sarkozy.» On l'aura compris: cessons de chercher partout de l'idéologie.

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