À l'UMP, la guerre des trois a déjà lieu

Publié le par DA Estérel 83

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Le chantier de la recomposition de la droite avait commencé avant même le second tour de la présidentielle (comme l’avait raconté Mediapart ici). À dix jours du premier tour des législatives, il se transforme en champ de bataille. Juppé, Copé, Fillon : chacun décoche ses flèches assassines et ses piques les plus cinglantes.

Dernière passe d’armes en date, la déclaration de l'ancien ministre des affaires étrangères à Paris-Match : « Pour l’instant, je les laisse s’écharper entre eux, mais je vais me lancer. Je suis le plus capé. Il n’y a pas photo », aurait déclaré l’ancien ministre des affaires étrangères, qui s’est empressé de démentir.

« Je n'ai jamais tenu ces propos, le mot “capé” n'est pas dans mon vocabulaire, a-t-il déclaré sur France Info, estimant avoir été piégé par la journaliste. C'est surtout en parfaite contradiction avec ce que j'essaye de faire depuis l'élection présidentielle : rassembler notre famille politique pour gagner les élections législatives. »

Cette vraie-fausse déclaration à la presse en dit long sur la guerre de communication qui fait rage entre Copé, Fillon et maintenant Juppé, potentiels candidats à la présidence de l’UMP.

D’ailleurs, le maire de Bordeaux aurait ajouté, toujours dans Paris-Match, pour se rappeler au bon souvenir de ses deux camarades qui pensaient pouvoir se disputer le parti dans un duel (presque) tranquille : « Jean-François est intelligent, organisé, pugnace, mais il est trop autoritaire. Il n’écoute personne. C’est lui devant et tout le monde derrière, en rang par deux. Quant à François, il veut les choses sans les vouloir. Uniquement s’il est sûr de gagner. Mais il ne monte jamais en première ligne. Tous les deux préparent 2017. Moi, non. C’est ce qui fait ma force. L’élection du président de l’UMP n’est pas la primaire de 2017. »

Quoi d’étonnant ? Au lendemain de la présidentielle, Alain Juppé n’avait-il pas annoncé qu’il renonçait aux législatives  « pour mieux préparer les municipales [de 2014 à Bordeaux] et plus s’investir dans la vie du parti » ? Rendez-vous est donc pris en novembre. C’est à cette période que devrait se tenir le Congrès de l’UMP, pour désigner son nouveau chef.

En attendant, les uns et les autres font soigneusement campagne chacun dans leur coin, malgré le « bon ordre » réclamé par Jean-François Copé lors du séminaire de l’UMP la semaine dernière. La trêve n’aura été que de courte durée et la photo d’un Fillon et d’un Copé bras dessus bras dessous bien artificielle.

« François Fillon a parfaitement raison sur le leadership c'est une évidence. Personne ne comprendrait que quelqu'un revendique un grade supérieur aux autres dans le parti », faisait mine de tempérer Jean-François Copé, se plaçant en « garant [du]rassemblement. » Réponse à la déclaration de François Fillon qui avait pointé que « depuis le départ de Nicolas Sarkozy, il n'y[avait] plus, à l'UMP, de leader naturel ».

En réalité, sur le terrain, c’est une tout autre partition que le député et maire de Meaux joue. Exemple mercredi soir au meeting de Port-Leucate (Aude), où il rappelle comment lui a dû « conquérir des terres détenues par la gauche depuis des années », quand d’autres ont eu la partie plus facile : « Je ne sais pas comment ils se sont débrouillés… Formidable, quoi ! On leur a tout donné et ils ont fait un parcours de ceux à qui on a tout donné », raille-t-il, visant Fillon et sa toute première élection, en 1981, comme député de la Sarthe dans une circonscription qu’il hérite de son mentor, Joël Le Theule, maire de Sablé-sur-Sarthe.

Autre stratégie de Copé, soulignée par lepoint.fr : ringardiser Fillon, en s’évertuant à le faire passer pour « un homme du passé ».« Dans ancien Premier ministre, il y a ancien...», ironise-t-on dans l’entourage de Copé, lequel peut compter sur le dynamisme de ses porte-flingues. Comme Rachida Dati, qui nourrit une rage toute personnelle contre l'ancien premier ministre, investi dans la 2ecirconscription de Paris à ses dépens. Sur BFM TV, elle estimait que « mine de rien, il [créait] de la division », et adoptait une attitude « pas très loyale ».

Pas de meeting national pour les législatives à l'UMP

À tout cela, Fillon répond, sur le plateau de France 2, mercredi soir. Il rappelle que le débat sur la direction de l’UMP a toute sa place : « Tout le monde sait qu'après [les législatives], il y aura un débat pour choisir une ligne politique, des équipes. Ce débat est inscrit dans nos statuts et personne ne peut imaginer que moi-même et d'autres, comme Alain Juppé et d'autres responsables ne prendront pas leur part à ce débat. » 

Une déclaration dans la droite ligne de ce qu’il avait dit quelques jours plus tôt sur RTL : « Jean-François Copé fait parfaitement son travail, mais il ne peut prétendre être le leader de cette formation sans qu'il y ait eu un débat démocratique et que les militants se soient prononcés. »

« La France a besoin d'une droite républicaine qui donne de l'espoir et qui rassemble », avait encore lâché Fillon, critiquant la« droitisation » de l’UMP dont il tient le député et maire de Meaux pour responsable. Sur cet argument, il peut compter sur ceux qui revendiquent plus de place à l'humanisme et au centrisme au sein du parti, tels Xavier Bertrand, Jean-Pierre Raffarin, le sénateur Jean-René Lecerf...

Au milieu du champ de bataille, le soldat Guaino joue les normands : sur France Info, il dit de Jean-François Copé, « [son]ami », que celui-ci mène « légitimement, naturellement, le combat des législatives », en tant que secrétaire général de l’UMP. Tout en disant que « [son] ami depuis très longtemps », François Fillon, a aussi « évidemment un rôle éminent dans le combat actuel ».

Dans cette guerre des trois − Juppé, Copé, Fillon −, que faire des frétillants quadras qui dévoilent les uns après les autres leurs ambitions ? Chantal Jouanno, sur son compte Twitter, rappelait les talents féminins, tout aussi légitimes, dont dispose le parti.Laurent Wauquiez, plus proche de Fillon que de Copé, disait fin avril qu’il « [n’avait] pas l'intention d'être spectateur ». Pas davantage qu’Hervé Gaymard, le député de Savoie proche de Juppé, plus quadra mais toujours ambitieux : « S’il y a une compétition ouverte entre Fillon, Copé, Bertrand, Wauquiez, je n’exclus pas d’y participer », déclare-t-il à Valeurs Actuelles.

Du coup, alors que le PS parvient à soigner la vitrine, à l'exemple du meeting commun réunissant ce samedi à Nantes Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, l’UMP, d’ordinaire toujours prompte à moquer l’étalage fait par le PS de ses divisions, est l’arroseur arrosé. Arguant des « contraintes de calendrier », Copé a annoncé qu’il n’y aurait pas de meeting national, contrairement aux deux rassemblements nationaux prévus. Un revirement acté par le bureau politique de mercredi. La décision a été prise « à l'unanimité ». Plutôt rare ces temps-ci à l'UMP.

Publié dans UMP

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