A l'Assemblée nationale, le PS prend ses marques, l'UMP mène la guérilla

Publié le par DA Estérel 83

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Pierre Moscovici, derrière Valérie Pécresse et François Baroin, lors d'une audition devant la commission des finances de l'Assemblée le 4 juillet

 

Voilà un mois que la nouvelle Assemblée nationale s'est mise en place et la discussion, pendant quatre jours, du projet de loi de finances rectificative – le principal texte de loi examiné au cours de cette session extraordinaire qui s'achèvera le 31 juillet – a déjà permis d'observer comment chacun se glisse dans son nouveau répertoire. Forces et fragilités, têtes d'affiche et redistribution des rôles, l'Hémicycle vu d'en haut.


LE BATAILLON UMP EN ORDRE DE MARCHE

 Défaite aux élections législatives, la droite a vu ses effectifs fondre mais ses rangs comptent, pour l'essentiel, des députés expérimentés. Les anciens ministres ont retrouvé leur siège. L'UMP s'est sans tarder approprié les codes de l'opposition, y compris les méthodes qu'elle dénonçait avant chez ses adversaires.

Au cours de ces quatre jours de débat, la machine s'est révélée efficace. Bien sûr, à l'arrivée, le fait majoritaire prime et, sans surprise, le collectif budgétaire a été adopté, mais l'objectif de l'opposition a été en grande partie atteint. Elle a su mettreà profit les marges de manoeuvre que lui laisse le règlement de l'Assemblée pourprolonger les débats jusqu'à l'aube du vendredi 20 juillet – alors qu'ils étaient initialement prévus pour se terminer mercredi soir – et faire entendre ses arguments.

L'offensive s'est concentrée sur la suppression des exonérations des heures supplémentaires, en faisant monter en ligne une pléiade d'intervenants – pas moins d'une trentaine. On a alors vu le président du groupe UMP, Christian Jacob, et ses collaborateurs à la manœuvre, mettant à l'épreuve les nerfs du gouvernement et de la majorité.

Dans ce dispositif, l'ancien ministre du travail Xavier Bertrand s'est imposé comme un redoutable débatteur, rompu aux joutes oratoires et maîtrisant ses dossiers. Les "vieux routiers" que sont Bernard Accoyer, ancien président de l'Assemblée nationale, et l'ancien ministre des relations avec le Parlement PatrickOllier se chargent de "faire appliquer le règlement" avec un souci vétilleux.

Et, ponctuellement, le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, réapparaît dans l'Hémicycle pour tirer une salve politique au bazooka. Effet garanti pour mettre le feu à gauche.

CHAISES MUSICALES

 Scène révélatrice de cette inversion des rôles, le glissement qui s'est opéré au premier rang. Christian Eckert (PS, Meurthe-et-Moselle), qui dans l'opposition portait le fer contre la majorité, est devenu rapporteur général de la commission des finances. Son prédécesseur, Gilles Carrez (UMP, Val-de-Marne), a pris la présidence de la commission – attribuée à un membre de l'opposition. Tandis que Jérôme Cahuzac, qui occupait cette fonction dans la précédente législature, est devenu ministre du budget. C'est lui qui siégeait au banc du gouvernement pendant la quasi-totalité des débats. Les trois hommes se fréquentent de longue date, ce qui ne va pas, parfois, sans confusion, M. Cahuzac s'adressant à ses"chers collègues" ou donnant du "monsieur le rapporteur général" à M. Carrez. Et vice versa. Moments de détente.


LE PS DÉGARNI

 Le groupe majoritaire fait la dure expérience... de la majorité. Il faut être présent en nombre – pour ne pas risquer d'être mis en minorité sur un vote – mais c'est l'opposition qui, pour une bonne part, détient le ministère de la parole. Il faut doncsavoir prendre son mal en patience sous les assauts répétés du camp adverse, tout en sachant répliquer si nécessaire.

Avec la promotion au gouvernement de quelques-uns de ses meilleurs spécialistes – Jérôme Cahuzac, Pierre MoscoviciMichel Sapin –, le groupe socialiste se trouve aujourd'hui un peu dégarni à la commission des finances. Alors que les principaux textes à venir vont encore être des textes budgétaires ou financiers. Cela risque d'être un point de faiblesse pour la gauche.


La droite, à l'inverse, a massivement investi cette commission stratégique : pas moins d'une dizaine d'anciens ministres des gouvernements de François Fillon s'y sont inscrits, parmi lesquels François Baroin, Xavier Bertrand, Bruno Le Maire, Valérie Pécresse ou Eric Woerth. Certes, une nouvelle génération d'"experts" des questions économiques et budgétaires vient de faire son entrée à l'Assemblée, comme Karine Berger (PS, Hautes-Alpes), Olivier Faure (PS, Seine-et-Marne), Valérie Rabault (PS, Tarn-et-Garonne), Eva Sas (EELV, Essonne) ou Thomas Thévenoud (PS, Saône-et-Loire). Mais ils ont encore besoin de temps pour acquérir les réflexes et parvenir à s'imposer dans l'Hémicycle.

Un débat budgétaire est une sorte de marathon, avec des cassures de rythme et des attaques qu'il faut savoir contrer. M. Eckert est tenu par sa fonction de rapporteur général. Pierre-Alain Muet, principal porte-parole du groupe socialiste, est plus un technicien qu'un politique. Henri Emmanuelli (PS, Landes), figure emblématique et tonitruante, est aujourd'hui plus en retrait : il vient d'être nommé président du comité de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations. Les "jeunes pousses" de gauche vont devoir se muscler.

 


GÉRER LES IMPATIENCES

 Bruno Le Roux, qui a succédé à Jean-Marc Ayrault à la présidence du groupe socialiste, n'a pas encore réussi, même s'il s'inscrit dans les pas de son prédécesseur, à trouver le bon équilibre entre les aspirations de son groupe, profondément renouvelé, et les contraintes imposées par le calendrier gouvernemental. Cela est apparu manifeste avec le cafouillage sur les heures supplémentaires.


 

En revanche, pour ce premier débat majeur au Palais-Bourbon, les autres composantes de la gauche ont fait preuve d'une totale solidarité. Même le Front de gauche, tout en marquant sa différence, a approuvé sans rechigner l'ensemble du texte. Volonté, sans aucun doute, de ne pas donner prise à la droite en ce début de législature, mais qui ne vaut pas assurance pour l'avenir.

 


LE FN SE RAPPROCHE

 Durant les premières semaines, les deux députés du FN, Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, sont restés calés à l'arrière de l'Hémicycle, observant ce nouveau théâtre sans intervenir. Peu à peu, les barrières sont tombées, jusqu'à ce que, le moment venu pour la benjamine d'effectuer sa première prise de parole, les deux élus quittent le dernier rang pour venir se fondre parmi des députés de l'UMP prévenants. Echanges cordiaux. La glace est rompue.

Patrick Roger

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