A Amiens, Valls demande «l'ordre républicain» et les habitants une police moins «provocatrice»

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Après une nuit d'émeutes dans les quartiers Nord d'Amiens, le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, est arrivé mardi 14 août peu en milieu d'après-midi à l'Atrium, la mairie annexe, pour rencontrer la famille d'un jeune homme mort dans un accident de moto le 9 août, ainsi que plusieurs habitants.

 

Accueilli par les huées de riverains, très remontés contre les policiers, et protégé par un cordon de gendarmes mobiles, le ministre a du annuler la visite du quartier prévue, se contentant de se rendre en voiture à l'école maternelle Voltaire, l'un des trois bâtiments publics du quartier incendiés dans la nuit de lundi à mardi. De la chevrotine et des mortier de feux d'artifices ont également été tiré au cours de la nuit, ce qui a amené Manuel Valls à déplorer le fait que 17 policiers ont été blessés, «dont dix  par des plombs provenant d'armes à feu».

«Cela fait des mois que l'on sent la tension monter…, a expliquéau Point le maire PS d'Amiens, Gilles Demailly. Sur un chantier, une grue a été incendiée, des pompiers ont été attaqués dans un guet-apens, on a déploré des car-jackings (assaut instantané sur une voiture arrêtée à un feu de circulation par exemple) dans ce quartier…» De fait, les gendarmes mobiles se sont installés fin juillet dans ces grands ensembles construits dans les années 1960 et 1970 pour accueillir notamment les rapatriés d'Algérie, Pieds noirs et Harkis. Ces quartiers d'habitat social, aujourd'hui en pleine rénovation urbaine, comptent quelque 15.000 habitants. Ils connaissant régulièrement des affrontements avec les forces de l'ordre.

C'est d'ailleurs principalement ce critère qui a poussé le ministère de l'intérieur à inclure Amiens Nord parmi les 15 zones de sécurité prioritaires-test désignées fin juillet. En mai 2009, après la mort d'un jeune homme dans un accident de deux-roues déjà, les quartiers Nord avaient déjà connu une flambée de violence, puis une autreen août 2011. Mais « jamais avec une telle violence extrême, avec des tirs de chevrotines sur des fonctionnaires de police », assure un responsable local. 

Cette fois, tout est parti d'un contrôle routier effectué dimanche soir par la brigade anticriminalité (BAC) à la cité de la Briqueterie. A quelques pas de là, plusieurs proches du jeune Nadir Hadji, mort deux jours auparavant dans un accident de moto, se recueillaient après son enterrement. « Nous étions en train de manger pour le repas de mon frère, le quartier était très calme, les hommes étaient à côté de la tente, les femmes dans la maison, explique sa sœur, Sabrina Hadji, jointe par téléphone. Vers 23 heures, la BAC a contrôlé ce jeune qui était là pour le deuil. Ce n'était pas un banal contrôle, c'était de la provocation. Ça a dégénéré, le policiers s'en sont pris à mon oncle et mon père. Les CRS sont arrivés et l'un d'eux nous a dit “Votre caïd, votre mac, il est sous la tombe”. Ils ont gazé et tiré au Flashball alors qu'il y avait des femmes et des enfants. Nous ne sommes pas des animaux ! »

L'épisode a également révolté Kader, 19 ans, un ami étudiant de Nadir.  « Je comprends les jeunes, dit-il. La BAC est arrivée, a vu un regroupement parce qu'on faisait un repas et a voulu contrôler alors que la famille était en deuil et que le père a tenté de leur expliquer ! Après ça, les CRS ont gazé tout le monde, même les enfants. » Une enquête administrative, annoncée lundi soir par le préfet de la Somme, devra éclaircir officiellement les conditions de cette intervention jugée « provocatrice » par plusieurs habitants. Toutefois pour le même responsable local déjà cité, « certains jeunes, qui voulaient “se faire des policiers”, ont surtout  pris le prétexte d'un contrôle de police qui se serait mal déroulé. » Selon la préfecture de la Somme, dès dimanche en début de soirée, un riverain aurait en effet informé la police d'un dépôt d'engins incendiaires. 

« Les gendarmes disent “bonjour”, “bonsoir”, “s’il vous plaît” »

© Google Earth

Après quelques premières échauffourées le soir du 12 août, l'escalade a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi, tournant au face à face entre les CRS déployés dans le quartier et des jeunes du quartier. « C'est un message de colère ce qui s'est passé cette nuit », ont indiqué mardi Sabrina Hadj et sa mère Fatma, après leur rencontre avec le ministre, tout en appelant les jeunes au calme.

Dès la fin de l'après-midi jeunes et moins jeunes parcouraient en effet les rues, insultant copieusement les CRS stationnés devant les bâtiments calcinés. « Ça vient de la BAC tout ça ! », hurle Mimoun, 37 ans, au passage de Manuel Valls. L'homme, très remonté contre les policiers, n'est en revanche que louanges pour les gendarmes mobiles, « des militaires qui ont de la courtoisie ».

Tout comme cet enseignant en technologie qui sort calmer les jeunes devant la mairie annexe, son fils dans les bras, après avoir rencontré le ministre. « Nous avons eu les gendarmes mobiles dans le quartier pendant deux semaines, ça se passait bien, et le premier soir où les CRS débarquent, ça part en vrille ! », lâche-t-il. Même discours des jeunes riverains. « Les gendarmes mobiles disent “bonjour”, “bonsoir”, “mettez un casque s'il vous plaît”, explique Najim, 18 ans. Les CRS, ils coursent les scooters, il n'y a pas moyen de discuter. C'est comme la BAC qui vient toujours chercher la petite bête, qui nous met les lumières dans les yeux, nous insulte, etc.» 

A quelques pas de l'école maternelle calcinée, Ahmed, 50 ans, fils de harkis né dans le quartier, est effaré. La veille, il  vu des jeunes tirer des mortiers de feux d'artifice « à l'horizontale ». « Ça ne peut pas continuer comme ça, un jour ils vont toucher un CRS ou un CRS va dégainer », craint-il. Lui non plus n'est pas tendre avec la police jugée « odieuse » et « provocatrice ». « J'ai vu des doigts d'honneur, des policiers qui ouvrent la porte et disent “Dégage, sale fils de pute”, raconte-t-il. On sent que les policiers sont mal à l'aise dans leur uniforme. C'est vrai que ça doit être chiant, ils tournent en rond dans leur camion, ils se font insulter, mais ce sont des fonctionnaires, avec des gosses en face. S'ils rentrent dans leur jeu, c'est fini  ! ».

Envoyé au feu par le président et le premier ministre et cherchant visiblement le ton juste, Manuel Valls s'en est tenu mardi à rappeler « l'ordre républicain », à ses yeux la seule réponse « quand on a des événements comme ceux d'aujourd'hui ». D'abord le retour au calme, les grandes questions sur les moyens dédiés aux zones de sécurité prioritaires, les relations police-population, les missions des brigades anticriminalité attendront. « Au moment où les policiers reçoivent des “balles” de chevrotine, sont pris à partie, vous croyez un seul instant que le ministre que je suis va tenir un discours de défiance à l'égard des forces de police ? », a-t-il répondu aux journalistes qui le questionnaient à ce sujet.

« Rien ne justifie que l'on tire sur la police, brûle des équipements publics (…), a-t-il ajouté. Je ne permettrai absolument pas qu'on fasse le procès de la police ». Le tout en cherchant à se démarquer de Nicolas Sarkozy : « Je ne suis pas venu pour mettre en cause pour mettre en cause une communauté, des jeunes dans leur ensemble », ni « pour passer au Kärcher un quartier », a ainsi affirmé Manuel Valls.

Dans la soirée, son ministère a annoncé l'envoi de cent policiers en renfort pour la nuit de mardi, portant à 250 le nombre de fonctionnaires présents dans les quartiers Nord d'Amiens. Plusieurs BAC départementales voisines ont été mobilisées, notamment celle du Val-d'Oise, ainsi que des gendarmes mobiles.

 

Il est clair qu'on ne change pas une mentalité policière forgée aux outrances sarkozystes depuis 2002 en 100 jours.

Cependant, il faudra commencer par changer le logiciel "comportement et civilité" de certains policiers qui confondent (juste) repression et (pure) provocation.

Il est temps de tourner la page impunité policière de l'ère Sarkozy/Guéant. On peut d'ailleurs se poser la question de savoir pourquoi la gendarmerie n'a pas ce comportement.

S.P 

Publié dans Société

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