600 PSA = 2 PSG: normal...

Publié le par DA Estérel 83

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Lionel, 41 ans, ouvrier qualifié, témoignait hier de son angoisse dans les colonnes du journal Aujourd'hui en France. Il habite Aulnay-sous-Bois, dans un grand ensemble. Il travaille à l'usine PSA qui doit fermer ses portes en 2014. Il gagne 1 900 euros nets par mois, soit un coût total pour l'entreprise, charges salariales et patronales comprises, d'environ 3 500 euros. Le même jour, l'actualité braquait ses projecteurs sur ce qui fera l'événement de la rentrée sportive.

Le Paris Saint-Germain devrait aligner dans le championnat de France de football deux stars achetées à prix d'or au Milan AC, le Brésilien Thiago Silva et le Suédois Zlatan Ibrahimovic. Leur salaire mensuel cumulé dépassera allégrement les deux millions d'euros. L'équivalent du coût de six cents salariés chez Peugeot. Et alors? Alors rien. Les supporters du PSG sont aux anges. Le club parisien, désormais propriété des richissimes Qataris, permet de hisser le football français au même niveau financier que les grands clubs européens, notamment espagnols et anglais. Un sacré progrès.

Dans une société «normale», la confrontation et la coïncidence d'une telle situation auraient pu être explosives. Mais la normalité a changé de cap. La capacité d'indignation, qui peut générer la révolte et organiser la riposte, a depuis belle lurette cédé la place au registre de l'émotion.

Une fois essuyées les larmes de compassion aux huit mille suppressions de poste chez PSA et une fois épuisé le bonheur de l'arrivée de nouvelles vedettes au PSG, l'émotion de l'opinion se mourra pour laisser la place au fatalisme: les règles de l'économie mondialisée commandent la restructuration drastique de l'industrie automobile et ouvrent la voie aux excès du sport-spectacle. Normal...

Est-il possible d'inverser le cours des choses ? Un président de la République normal peut-il y parvenir ? Dans son intervention à l'occasion de la Fête nationale samedi, François Hollande a répondu à la question en ce qui concerne le plan social programmé par le groupe PSA. Il a juré que «l'État ne laissera pas faire», esquissé quelques pistes pour la filière et donné rendez-vous au 25 juillet, date de l'annonce d'un plan stratégique pour l'industrie automobile. 

«Des belles paroles» pour Lionel, l'ouvrier d'Aulnay. qui, tel saint Thomas, attendra de voir pour croire. On peut le comprendre. Le souci de François Hollande de donner du temps à la concertation et d'assurer une gouvernance apaisée peut rapidement passer pour une manoeuvre dilatoire. Le peuple pourrait d'autant s'impatienter que le pain est difficile à gagner et qu'au train où s'emballe le prix du foot, les jeux du stade vont lui devenir inaccessibles.

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