484 milliards d'euros ont disparu des caisses de la BCE

Publié le par DA Estérel 83

La Tribune

 

 

Il y a tout juste une semaine, la BCE décidait de ramener à zéro le taux de sa facilité de dépôt. Effectif depuis mercredi, ce changement de rémunération a eu un effet spectaculaire : les dépôts des banques auprès de la BCE ont fondu de moitié. Reste une question : où peut aller cet argent ?

 

Les conséquences de la baisse des taux de la BCE ne se sont pas fait attendre. L'euro a entamé une longue glissade : de 1,25 dollar à la veille de la décision du conseil des gouverneurs, il est passé sous 1,24 le jour même, puis sous 1,23 le lendemain. Aujourd'hui, après avoir touché un point bas à 1,2167 - un niveau qu'il n'avait plus atteint depuis juin 2010 -, il terminait l'après-midi légèrement sous 1,22.

La baisse, à zéro, du taux de la facilité de dépôt a, elle aussi, eu un effet spectaculaire, mais il n'a été connu qu'aujourd'hui. Les chiffres publiés ce jeudi par la BCE pour la journée de mercredi, la première concernée par le nouveau dispositif, montrent que les dépôts au jour le jour des banques ont été ramenés à 325 milliards d'euros contre 809 milliards mardi, soit une baisse de 60 % en une journée. Cette chute vertigineuse des dépôts a été qualifiée « d'encourageante » par Josef Bonnici, l'un des membres du Conseil des gouverneurs de la BCE. L'espoir, si les banques cessent d'utiliser la facilité de dépôt comme un coffre-fort où placer leurs liquidités, est qu'elles dirigent cet argent, sous forme de prêts, vers les ménages et les entreprises.

Les banques pourraient simplement être tentées de garder ces liquidités

La très forte aversion au risque des établissements et la faiblesse de la demande de crédit plaident cependant pour une autre hypothèse. « Les banques qui ont le plus utilisé la facilité de dépôt sont les banques du nord de l'Europe. Si elles retirent une partie de leurs liquidités, il y a de fortes chances pour qu'elles en investissent une partie sur leurs marchés obligataires ou monétaires domestiques, et elles auront plutôt tendance à se diriger vers des titres à court terme », estime Cyril Régnat, stratégiste taux chez Natixis.

Reste à trouver des titres courts, sûrs et liquides qui apportent encore un semblant de rémunération. Un vrai défi ! Les titres de dette allemande dont l'échéance est inférieure à 2 ans (et bientôt 3 ans) offrent tous des rendements négatifs. Idem pour les bons du Trésor français à moins d'un an.

Dès lors, les banques devraient, au moins à court terme, simplement garder ces liquidités.

Autre possibilité : « la dette corporate [émise par les entreprises] à court terme sous la forme de "commercial papers" et de billets de trésorerie offre une petite rémunération, elle pourrait bénéficier d'une partie du report », indique un spécialiste du marché monétaire. De quoi alimenter une nouvelle bulle, après celle des emprunts d'Etat des pays du "coeur" de la zone euro ? 

Publié dans Economie

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